29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 15:30

 

« Je ne fais peur qu'aux imbéciles »

Entretien

(Patrick Cabannes avec Alain Delon)

 

Pénétrer dans le domaine de La Brûlerie, à Douchy (Loiret), n'est pas chose facile. Il faut franchir un portail majestueux, décliner son identité auprès d'un garde, emprunter un long chemin qui serpente au cœur d'un bois, contourne un immense étang et débouche enfin sur un charmant manoir. Sous un appentis dort une berline immatriculée en Suisse. Sur le perron, se tient notre hôte. Bienvenue chez Alain Delon. Cheveux gris savamment décoiffés, sourire aux lèvres et regard bleu acier. L'acteur semble heureux. Et il a de quoi. À l'aube de ses 80 ans, France 3 lui consacre un magnifique portrait. Entretien exclusif.

 

 

Comment avez-vous déniché cet endroit ?

Je tournais dans la région et, en rentrant à Paris, j'ai été intrigué par un haut mur d'enceinte interminable. Je me suis arrêté au bord de la route, je l'ai escaladé et j'ai découvert un parc incroyable. Ce jour-là, j'ai décidé que j'en deviendrais propriétaire. Ça m'a pris trois ans! C'est devenu la base des Delon. Mes enfants y ont fait leurs premiers pas. C'est un lieu riche en souvenirs où l'on aime se retrouver.

Pourquoi s'enterrer dans un lieu si loin de tout ?

Vous ne croyez pas si bien dire. Je ne suis à Paris qu'occasionnellement, pour mes affaires. Le plus clair de mon temps, je le passe ici. J'y vis entouré de mes chiens. Je leur ai aménagé un cimetière: certains y reposent en couple. Pour rester parmi eux, j'ai construit une petite chapelle. C'est là que je serai enterré, j'ai toutes les autorisations, ainsi que d'autres membres de la famille s'ils le souhaitent. Il y a huit places...

France 3 diffuse Alain Delon, cet inconnu, un portrait plutôt flatteur. En êtes-vous fier?

J'en suis surtout heureux. D'autant qu'on ne m'a demandé ni mon avis ni d'y participer. J'ai appris l'existence de ce portrait par mes avocats suisses, contactés pour des problèmes de droit. Et, quand j'ai vu ce film, j'ai dit bravo. Je l'ai trouvé remarquable, magnifique. J'ai été très sensible au titre : Alain Delon, cet inconnu.

Pour quelle raison?

Les gens ignorent beaucoup de choses sur moi... Ils vont découvrir ce que je n'ai jamais montré.

Par exemple?

Combien sont-ils à savoir que j'ai passé mon enfance en prison ? Du moins dans la cour de la prison de Fresnes, mon père adoptif y était gardien, où je jouais avec d'autres enfants de gardiens. En revoyant ces images, j'ai ressenti de l'émotion. J'étais vraiment secoué... Ça m'a mis la larme à l'œil.

 

 

On dit que vous faites peur...

C'est une connerie ! Ça m'a suivi toute ma vie, mais c'est une connerie noire ! J'ai l'habitude de dire que je ne fais peur qu'aux imbéciles. Il n'y a qu'eux qui ont peur moi. Je n'ai jamais fait peur à Visconti, à Clément, à Melville... Cela m'a même empêché de tourner avec certains réalisateurs, Truffaut par exemple.

Comment qualifieriez-vous ce portrait?

De véridique. Pas de mensonge, pas de bobard : c'est LA vérité ! Notamment lorsque je pars en Indochine, alors que je n'ai que 17 ans. C'était pour foutre le camp de chez moi. Sans cet événement, ma vie eût été bien différente...

Être acteur vous est apparu comme une évidence...

Exactement. Cette évidence, je la dois à Yves Allégret. Un jour, il m'a dit : «Alain, je voudrais que tu parles comme tu parles, que tu regardes comme tu regardes, que tu écoutes comme tu écoutes, que tu bouges comme tu bouges. Sois-toi. Vis !» Ça a marqué toute ma carrière. Je n'ai pas fait comme Belmondo ou Jean Rochefort, quatorze ans de cours ou d'école. Être acteur, c'est un accident. C'est quelqu'un qu'on prend et qu'on met au service du cinéma ; être comédien, c'est un métier qui s'apprend. Burt Lancaster, Jean Gabin sont des accidents au même titre que Tapie. Moi aussi je suis un accident !

Ce portrait passe rapidement sur votre face cachée, comme l'affaire Markovic...

L'affaire Markovic a pris des proportions incroyables parce qu'on y a mêlé M. et Mme Pompidou. Et même de Gaulle ! C'était un Yougoslave qui vivait chez moi. C'était mon garde du corps et ce n'était pas un voyou. Disons qu'aujourd'hui on le qualifierait de migrant.

 

 

En parlant de migrants, Nadine Morano a dit récemment que la France était un pays de race blanche. Qu'en pensez-vous ?

Je n'ai pas envie de juger ou d'en discuter. Juste une question: «Le Kenya est un pays de quelle race ?». Les gens sont noirs. C'est une polémique ridicule, grotesque, qui n'a aucun sens. Elle a des c... de tenir comme elle tient et de dire : «Je vous emmerde tous, je dis ce que je pense et je continuerai à le dire». Chapeau !

Que pensez-vous de la politique menée par François Hollande et Manuel Valls ?

J'ai connu la France du général de Gaulle et c'était autre chose. Depuis, elle a été plutôt en se dégradant. Gauche, droite, tous les coups sont permis. Ce qui se passe est dégueulasse, d'où le désintérêt des Français pour la politique.

Vous vous étiez déjà exprimé sur la montée de Front national. Aujourd'hui, qu'en pensez-vous ?

Je suis un ami de Jean-Marie Le Pen depuis cinquante ans. Mais, sur le Front national, j'ai simplement dit que je trouvais ça normal que les gens se rapproche de ce parti parce qu'ils en ont marre. Marre de tout ! Et c'est pour ça qu'ils sont prêts à aller n'importe où. Je le confirme : les gens ne savent plus où ils en sont, alors pourquoi pas le Front national...

On connaît Alain Delon au cinéma mais vous avez également joué pour la télévision...

Au cinéma ou à la télévision, quand on dit «moteur», c'est pareil pour moi ! Il y a une caméra qui vous regarde et vous devez lui dire ce que vous avez envie de lui dire. J'ai eu la chance qu'on me propose des rôles intéressants à la télévision, comme Franck Riva ou Fabio Montale. C'était une expérience enrichissante.

Elle offre aussi une belle exposition. Est-ce important pour vous ?

C'est vrai que, 12 millions de téléspectateurs, ce n'est pas rien ! Mais ce n'est pas le plus important. Je n'ai jamais été à la recherche du succès, du triomphe ou de l'argent. Je n'ai jamais fait quelque chose pour de l'argent. J'ai toujours fait ce que je voulais, quand je voulais, où je voulais et avec qui je voulais ! Vous imaginez la chance que j'ai eue...

 

 

Regardez-vous la télévision ?

Plus maintenant. Elle m'emmerde et on n'apprend rien. J'ai l'impression qu'il n'y a plus que l'audience qui compte. Il m'arrive de regarder un bon documentaire et, lorsque l'actualité l'impose, je me rabats sur BFMTV. J'étais accro à la télévision, mais maintenant c'est terminé.

Que pensez-vous de Cyril Hanouna ?

Il ne va pas être content, car je n'en pense rien (rires). Il a dû comprendre et bien assimiler pourquoi on l'aimait. Et il en joue. Je trouve ça guignolesque. Cyril Hanouna, à chaque fois que je tombe sur lui, c'est toujours la même mimique, le même sourire, le même regard. Il n'y a pas que lui. Ce qui me fascine «salement», c'est que ces émissions sont faites parce qu'on est sûr d'accrocher des millions de cons. Je n'ai pas dit de «Français», j'ai dit de «cons» !

Comment avez-vous vécu le départ de Claire Chazal ?

C'est une amie et je suis sûre que cela n'a pas dû la surprendre. Il y a un moment où il faut savoir céder sa place et passer à autre chose. C'est un peu ce qui m'est arrivé... Après, il y a la manière de le faire... Et là on peut dire que c'était un peu cavalier.

Que pensez-vous d'Anne-Claire Coudray, sa remplaçante ?

Elle n'est pas super géniale à côté de Claire et je lui prédis une carrière moins longue ! C'est une question d'époque : les longues carrières, comme au cinéma pour Belmondo, Delon et quelques autres, c'est révolu. Vous pensez que, dans trente ans, vous allez voir Dujardin ? Non! Maintenant, tout va très vite. C'est avant tout de l'industrie, du pognon. Ça manque de sincérité, de cœur et de chaleur. Je regrette cette dérive.

Entre Marc-Olivier Fogiel et Laurent Ruquier, lequel choisissez-vous ?

J'aime bien Fogiel, je le connais depuis qu'il est môme. Et ce que fait Ruquier n'est pas facile. Faut le faire quand même : c'est toujours un peu la même chose. Le rictus, le ton... Mais il sait pourquoi il le fait.

Vous avez été exclu du comité Miss France. C'est un regret ?

Et on revient sur le Front national. À la suite d'une réflexion, qui a été transformée par la presse, on m'a viré de Miss France! Comment peut-on agir de la sorte ? Et tout cas, cette décision m'a privé d'une excellente soirée où je me trouvais entouré de jolies filles (sourire).

Mais vous êtes proche du Front national ?

Non. Et, si je l'étais, pourquoi n'en aurais-je pas le droit ? L'extrême gauche et Mélenchon, c'est valable, mais l'extrême droite, non ? Le Front national représente quand même 6 millions de personnes. C'est 6 millions de cons ? On a le droit de ne pas aimer, mais on doit le respecter.

Invitée sur le divan de Marc-Olivier Fogiel, Mireille Darc vous a fait une véritable déclaration d'amour. Surpris ?

Elle est sincère, elle est vraie. Elle ne l'a pas fait parce qu'elle était sur le divan, mais parce qu'elle le pense, c'est certain. C'était très beau. Mireille est une personne indissociable de ma vie. On se parle pratiquement tous les jours. J'aime beaucoup Mireille. Elle a été probablement le plus grand amour de ma vie. LA femme de ma vie.

 

Published by Willow - dans Divers Interviews
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commentaires

Luke 08/11/2015 12:45

Bon anniversaire à Monsieur Delon, 80 ans aujourd'hui !

Willow 08/11/2015 18:25

Comme le temps passe ... On ne rajeunit pas ;O))

Florentin 30/10/2015 16:18

Ouais .... Je n'arrive pas à le trouver sympa ...

Willow 30/10/2015 17:30

Parfois il suffit d'un mot ou d'une attitude pour devenir antipathique au regard des autres. Cela n’enlève cependant rien à son talent. Du moins je le pense. ;O))

SALY 29/10/2015 20:21

Delon ; encore une belle gueule en existe t il encore a notre epoque pas si sure!!!!!!!!encore felicitations pour ce magnifique boulot !voilaaaaaaaaaaaaaaaa!

Willow 07/11/2015 18:25

L'anecdote est originale et le sujet fort bien traité, bravo. La beauté, c'est relatif et dire que Pierre Clementi est le plus beau de la distribution en est un parfait exemple. ;O))

Kinopoivre 07/11/2015 09:08

Sur la question de la beauté, Delon a failli avoir un concurrent auprès de Visconti, c'était Horst Buchholz. Très étrange affaire ! Lire mon article sur « Le guépard », dans la section Classiques de mon site www.kinopoivre.eu.

Willow 30/10/2015 16:44

Chaque époque à ses belles gueules. Autrefois Louis Jourdan faisait un malheur, aujourd'hui c'est au tour de Brad Pitt. C'est pourquoi certains portent des masques et d'autres devraient en porter ;O))