26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 17:43

 

La liturgie des petites chandelles

Ou

Des diversions coupables

(Bertrand du Boullay)

 

L’exigence citoyenne s’éteint à la chandelle : « Ah, oui… Nous avons déposé des fleurs pour ces 130 morts ; allumé des bougies. Comme c’était émouvant ! Et puis, on a été filmé par X ou par Y… »

Images en boucle de lucioles déposées ci et là… Le temps passe. Quelques rodomontades plus tard, reste la mémoire. Images de ces bougies ! Et de ces monuments du monde qui, de Sydney au Caire, de Londres à New York, se parèrent des trois couleurs. On jette un voile pudique sur l’absence de réaction à Riyad, Istanbul et Islamabad…

 

Retentissement à l’échelle mondiale

 

Oh, on entraperçut bien que Moscou fleurissait largement les grilles de notre ambassade ; la France encore vue comme amie par le peuple russe ! Mais on passa sous le bruit d’un épais silence qu’à Paris, rien ne fleurit devant celles :

De Turquie, où pourtant, le 10 octobre, Ankara compta 97 morts ;

De Russie, où pourtant par l’avion abattu le 31 octobre on dénombra 224 morts ;

Du Liban, lorsqu’un nouveau massacre, le 12 novembre, fit 43 morts.

Et même rien, non plus, devant celle du Mali : 20 novembre, 21 morts à l’hôtel Radisson. Rien. Nada, Niente ! Ni fleurs ni couronnes à l’horizon.

C’est qu’on a l’émotion sélective, chez le Parisien. Elle se mesure au M/K : nombre de morts divisé par celui des kilomètres. Quand, en plus, les morts sont étrangers, on s’en tape un peu…

Oui, en France, l’étranger est surtout aimé lorsqu’il vient réclamer ses droits. Alors, il trouve maintes associations subventionnistes qui le maternent. Mais qu’il crève par l’islam au retour d’Égypte ou dans un camp libanais, qu’il meure à Ankara, Bamako ou Nairobi et l’on ne s’y intéresse guère. Qu’on rapte 200 ou 300 jeunes filles au Nigeria s’oublie si vite…

 

Attentats en Turquie et au Liban

 

Disons-le bien clairement : les médias nous « gavent » avec cette sensiblerie feinte. Sciemment organisée à cette fin, elle est à l’origine d’une défausse de toute responsabilité politique citoyenne : l’image se substitue à la pensée. Un effet de sidération freeze le cerveau qui ne se nourrit plus que d’image vues. L’on s’auto-excuse de ne pas plus agir. Le neurone s’endort et ne réfléchit plus. Factice est rendue notre peine : « Bien content d’être en vie… » Disculpation facile d’une culpabilité réelle ! « Ben oui. Tiens ! C’est vrai ! Pourquoi font-ils maintenant ce qu’ils auraient pu faire hier ? Pourquoi ne l’avons-nous pas réclamé ? »

Entendons-nous : si le cœur peut conduire à manifester notre compassion par des bougies, c’est d’abord aux morts lointains que nous devons ce moyen pour exprimer nos sentiments. Mais quand c’est de France qu’il s’agit, notre peuple devrait dire autrement ses pensées et ses attentes. Marcher ! Manifester !

Plus que la veulerie larmoyante de sentiments qu’on leur fait exprimer pour oublier de penser, plus que quelques fleurs ou bougies, nous le voudrions voir user de plume et de paroles auprès des responsables de la puissance publique ou médiatique. User surtout de bulletin de vote !

Et de prières…

 

Médias complices

Published by Willow - dans Divers
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