23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 17:23

 

Lire ou glander, il faut choisir

Ou

Tourner la page, ça a du bon

 

Avant tout, je voudrais remercier Pierre Faverolle qui a eu la délicatesse de m’accorder l’autorisation d’utiliser ses chroniques de romans afin d’associer au contenu de ma liste au Père Noël, la vision personnelle d’un fin connaisseur. En cliquant sur chaque photo, vous pourrez facilement y accéder à votre tour.   

A l’approche des fêtes, nous sommes tous à la recherche du petit cadeau susceptible de plaire à nos proches. Il faut avouer que bien souvent nous sommes confrontés à un véritable casse-tête. C’est pourquoi je vais essayer de vous ôter cette épine du pied en vous aidant à combler ma bibliothèque. Ce qui, vous en conviendrez, sera pour vous, l’occasion de faire d’une pierre douze coups.

Bien entendu, il n’est pas question pour moi de vous imposer quoi que ce soit. Un peu d’originalité de votre part sera la bienvenue et n’entamera en rien mon plaisir, bien au contraire. Sachez cependant que par pure bonté d’âme, et afin que vous puissiez un jour me l’emprunter, je vais essayer de vous guider dans ce monde que les afficionados nomment le « Rompol » (A ne pas confondre avec le Rollmops) mais que tout le monde connait sous le nom de roman policier. 

 

Anouk Langaney (Même pas morte !)

Dominique Manotti (Or noir)

 

Chaque année, un nombre incalculable de polars sont publiés. Rien qu’en France, ce sont des centaines ou des milliers d’auteurs différents qui parviennent ainsi jusqu’à nous. Vous retrouverez donc tout naturellement parmi eux, des Français, des Américains, des Anglais, des Scandinaves, des Allemands ou encore des Italiens. En fait, il existe des écrivains de romans policiers dans tous les pays, mais si les plus connus chez nous proviennent principalement de ces pays, cela est dû en grande partie à l’écho dont ils font l’objet dans les grands médias. Cependant, grâce à des passionnés comme Pierre Faverolle, Claude Le Nocher, Krri & Elleon, nous sommes amenés à découvrir avec le plus grand bonheur des auteurs provenant des quatre coins du monde (Japon, Mexique, Argentine, Pérou, Roumanie etc…)

À l’heure de la mondialisation, où la tendance est partout à l’uniformisation, on pourrait facilement imaginer qu’il en va de même pour les styles littéraires. Contrairement à cette idée, et c’est une évidence,  il existe bien des particularités dans le style d’écriture de la littérature policière de chaque pays, tant au niveau du déroulement de l’histoire, de l’action, du suspense du rythme etc... Alors n’hésitez surtout pas à voyager et à découvrir au travers de la littérature policière de chaque pays, les différents aspects qui la rendent si unique.  

L’intérêt du roman policier pour le lecteur, est qu’il peut, à lui seul, être la somme de bien des genres. Nous connaissons, sans forcément les apprécier, le roman à énigme, le thriller, le roman noir, le roman d’espionnage, le roman policier historique et celui qui, bien souvent, est à l’origine de notre engouement pour le polar, le roman policier jeunesse. Il est à noter cependant, qu’une telle classification peut très vite s’avérer réductrice tant il est évidant que les grands romanciers savent aisément s’en affranchir. Pour ma part, je me contenterais de vous présenter les trois qui me sont les plus familiers.  

Un polar est avant tout une œuvre littéraire basée sur la résolution d’un crime. Il doit donc y avoir obligatoirement certaines composantes pour être considéré en tant que tel : un crime, une ou plusieurs victimes, un enquêteur (policier ou détective), des suspects et pour justifier le mot « Fin », un ou plusieurs coupables. Pour le reste, qu’il s’agisse du contexte historique, géographique, politique, d’ambiance ou bien du mobile, cela nous servira à en définir le genre. 

 

Eric Calatraba (Haïku)

Franck Bouysse (Grossir le ciel)

 

Le roman à énigme :

C’est sans doute le genre le plus complexe à réaliser, car il ne supporte pas l’approximation grossière.  C’est l’énigme qui est le facteur prédominant de l’intrigue. L’auteur fournit des indices au lecteur pour l’aider à déduire progressivement l’identité du coupable. Bien entendu, plus les fausses pistes seront nombreuses et la révélation finale  inattendue, plus grand sera le plaisir du lecteur.

Ce type de romans (que les Américains appellent le Whodunit, littéralement, qui a fait le coup ?) n'existe plus trop aujourd'hui et les seuls auteurs de cette glorieuse époque que l'on peut relire avec un certain plaisir sont : Agatha Christie, évidemment, la mère et l'incarnation du genre (et qui s'est d'ailleurs amusée à en transgresser successivement toutes les règles !), mais aussi John Dickson Carr (le spécialiste du crime impossible ou du meurtre en chambre close) et Ellery Queen, auteur intelligent et rigoureux qui a poussé le genre à ses limites extrêmes avec son fameux « Défi au lecteur », où il attire l'attention du lecteur sur les indices semés jusque-là et le met au défi de résoudre l'énigme avant le dernier chapitre, consacré évidemment, comme dans tous les romans de ce genre, à la résolution de l'énigme sous forme d’une démonstration magistrale de l'enquêteur.

 

George Pelecanos (Red fury)

Gilles Vincent (Hyenae)

 

Le thriller :

C’est sans aucun doute le genre le plus connu du grand public. Souvent traduit par frisson, le triller est avant tout un roman à suspense. Il se caractérise par un type d’intrigue mettant en scène la victime au centre du récit. Cette victime ou plus précisément potentielle victime se place dans une situation menaçante pour se tirer d’affaire à la fin. Elle connaît le danger qui l’entoure, mais n’a aucune idée sur la raison qui la met en danger. Ce qui fait donc progresser l'intrigue, c'est, simultanément, la menace qui se précise et les efforts désespérés que fait la victime pour, sinon la comprendre, du moins y échapper. On ne privilégie pas les rebondissements incessants ; ce qui soutient l'intérêt du lecteur, c'est la montée lente mais implacable de l'angoisse et les effets qu'elle a chez la victime : impuissance, colère, volonté de fuir, de chercher de l'aide ou de combattre, désir de vengeance. Quant à l'enquêteur (quand ce n'est pas la victime elle-même), il est presque évacué ou n'a plus qu'une importance très accessoire. Cela explique qu'il n'y ait pas de héros récurrents chez les romanciers de suspense : chaque histoire est unique.

Les maîtres incontestés du roman à suspense sont les deux écrivains du tandem Boileau-Narcejac, qui ont donné ses lettres de noblesse au genre non seulement par leur production romanesque abondante et toujours d'une qualité exceptionnelle, mais également par leurs écrits théoriques. Un peu plus tard, Sébastien Japrisot tout comme Jean-Patrick Manchette poursuivront la tradition en France. Aujourd'hui, dans la diversité, l'éclectisme et l'éclatement du genre, on citera des auteurs comme Patricia Highsmith, Lincoln Child, Ken Follett, Maxime Chattam, Jean-Christophe Grangé, Franck Thilliez, Harlan Coben etc…

 

Jake Hinkson (L’enfer de Church Street)

Laurent Scalese (La voie des âmes)

 

Le roman noir :

C’est sans aucun doute celui qui a ma préférence, car c’est le genre qui nous prend aux tripes  et nous dévoile toute la noirceur et la violence du monde qui nous entoure. Le contexte n'est plus celui de l'aristocratie anglaise, mais celui des quartiers populaires. L'enquêteur a quitté son costume de gentleman pour endosser celui de dur-à-cuire et les personnages qu’il côtoie sont bien souvent des truands, des mafieux voir même de véritables salauds. Le langage ne fait plus dans l'euphémisme et l'ellipse : il est cru, voire vulgaire à l'occasion. Ici, il n’est plus question d’angélisme et la frontière entre les bons et les méchants n’est pas toujours très claire.  Notre héros, s’il est bien dans le camp des bons, ses méthodes elles, ne sont pas toujours très orthodoxes et ses motifs rarement nobles ou altruistes. Il fait ce métier pour gagner sa vie ou pour rendre service et bien souvent il ne faudrait pas grand-chose pour qu'il se retrouve dans le monde des méchants.

Les Américains Hammett, Chandler et Spillane et les Britanniques James Hadley Chase et Peter Cheyney ont été les pionniers du genre et demeurent encore aujourd'hui des références. De nombreux autres auteurs, principalement américains, se sont ensuite engouffrés dans le sillon et le roman noir américain est devenu, pendant une vingtaine d'années, le courant principal du polar, au point de renvoyer les autres courants dans les marges. Aujourd’hui, aux pointures du genre telles que Jim Thompson, W. R. Burnett, James M. Cain, on trouve de nouveaux auteurs comme George P. Pelecanos, R.J. Ellory, Frank Bill, Donald Ray Pollock etc... 

 

Michael Mention (Le carnaval des hyènes)

Paola Barbato (A mains nues)

 

Disons-le tout de suite, si ce classement par genre à le mérite de donner un aperçu de ce qu’est le polar, il n’en demeure pas moins subjectif. A ma connaissance, il n'existe pas de classifications officielles du polar, pas plus que de cloisons étanches entre les différentes niches. Rares sont les auteurs qui se sont limités à une niche unique pour toute leur production (ils ont la plupart du temps exploré différents sous-genres) et de plus en plus rares sont les romans qui peuvent se caractériser par une étiquette unique.

Tout d'abord, le vocabulaire. Thriller et suspense, par exemple, sont souvent employés comme synonymes, même si, pour les puristes, il existe une distinction: le suspense est caractérisé par une menace insidieuse et un climat oppressant alors que le thriller est davantage orienté vers l'action avec rebondissements et n'est pas toujours un polar. Mais bon, nous ne sommes pas des puristes. Alors, prenez les catégories ci-dessus comme une simple indication. Surtout que, dans les deux cas ci-dessus, il s'agit d'un genre (générique) bien plus que d'une niche (spécifique).

Ensuite, les niches se recoupent et se chevauchent. Un thriller ésotérique est aussi souvent un polar historique et un roman d'érudition. Un serial killer peut donner lieu aussi bien à un polar psychiatrique qu'à un polar de procédure policière. Et si ce tueur en série a des compétences informatiques et agit dans un contexte hi Tech, il peut tout aussi bien évoluer dans un techno polar. Ce dernier genre peut d'ailleurs flirter avec la science-fiction .Un thriller juridique, surtout s'il se passe à la cour suprême des États-Unis, flirte souvent avec le thriller politique.

Pour conclure, hé oui il faut bien laisser un peu de temps au Père Noël pour qu’il charge sa hotte, je vous invite, vous qui êtes en quête d’un plaisant cadeau à offrir, à ne pas oublier qu’une bonne enquête vous incitera toujours à tourner la page. 

 

Roger Jon Ellory (Papillon de nuit)

Samuel Sutra (La Bonne, la Brute et la Truande)

Published by Willow - dans Romans & BD
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commentaires

Pierre FAVEROLLE 31/12/2015 19:03

Salut mon pote et désolé du retard de ma réponse. Je te souhaite une excellente année 2016 pour toi et ta famille. A bientôt. Amitiés

Willow 02/01/2016 23:08

Te voir par ici est toujours un plaisir. Bonne année à toi et aux tiens .