14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 18:17

 

Le maudit recteur

Ou

L’Islam adapté

(Nicolas Gauthier)

 

Ce devait bien finir par arriver un jour et c’est arrivé ce lundi 11 janvier : l’imam Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux, serait en bonne place sur la liste des Français à abattre. Pour quelles raisons précises, l’État islamique ne le dit pas, mais on peut aisément les deviner.

Car voilà de nombreuses années que, par ses livres et ses prêches, ce théologien tente vaille que vaille de réformer la religion musulmane ; en France, tout au moins, car malgré ses origines marocaines, l’homme se sent éminemment français et n’a rien d’un citoyen du monde, façon universaliste et ébouriffée.

Récemment interrogé par Paris Match, il assenait : « Il faut une refonte de la théologie musulmane. Nous devons adapter la révélation coranique des bédouins de la péninsule sud-arabique du VIIe siècle à l’univers mental des Français du XXIe siècle. Aujourd’hui, on demande aux musulmans en France d’accomplir ce qui a pris plusieurs siècles à l’église catholique. Les chrétiens ont su adapter la Bible à leur temps. Pourquoi l’islam ne le ferait-il pas ? À ce que je sache, Jésus n’était pas un Occidental, mais un Sémite. Il est pourtant devenu la référence de l’Occident. Il n’avait pas les yeux bleus. Les docteurs de l’Église sont allés jusqu’à adapter sa morphologie à l’univers mental occidental. »

 

L’imam Tareq Oubrou

 

Que voilà un discours intéressant et frappé au coin du bon sens. Peut-être susceptible d’irriter les islamophobes de l’espèce rabique, mais également de rendre fous furieux d’autres dingos, musulmans ceux-là, déjà furieux et un brin fous. D’autant plus fous et encore plus furieux quand Tareq Oubrou les renvoie à leurs propres contradictions et, disons-le, à une ignorance encyclopédique de leur propre religion : « Le propre de la religion, c’est la discrétion, la modestie, le travail intérieur et non l’exhibition. […] J’attends de voir ce qu’il y aura après le foulard, peut-être les cravates islamiques ? Les chaussures islamiques ? C’est n’importe quoi. Car, enfin, que dit le Coran ? Au centre, il y a la pudeur. La pudeur fait partie de la foi. Mais le Prophète n’est pas venu sur Terre pour donner des cours de couture. Les vêtements n’ont rien à voir avec la religion. […] Dieu n’est pas un tailleur, ce n’est pas un styliste de mode. En vérité, on se cache pour mieux se montrer. Alors, certes, l’apparence est conforme à la lettre du texte, mais l’intention n’est pas bonne. Ce qui est condamnable, c’est l’habit de l’orgueil, de l’arrogance et de l’ostentation. »

Étrange paradoxe que cette lecture littéraliste des textes sacrés de l’islam, à la fois commune aux meurtriers de Daesh et à d’autres braillards laïcards, certes moins violents, mais tout aussi véhéments. Voilà qui devrait faire réfléchir les uns et les autres…

Et l’imam Oubrou de conclure : « L’enjeu est donc intérieur. Les gens qui seront sauvés le jour du Jugement dernier ne sont pas ceux qui auront la barbe la plus longue ou le voile le plus noir, mais ceux qui ont le cœur pur. » La messe est dite, si l’on peut dire en la circonstance.

 

 

Ajoutant les actes à la parole, Tareq Oubrou vient, de son propre chef, d’inaugurer l’un des premiers centres de déradicalisation islamique. Y fera-t-il des merveilles ? L’Histoire le dira. Mais, comment formuler la chose, il y aura au moins une autorité un rien plus fondée que celles de bénévoles socio-cul, façon Femen ou Caroline Fourest, qui ne sont pas forcément les meilleurs remparts contre des dérives identitaires et religieuses dont le potentiel de violence aveugle n’est malheureusement plus à démontrer…

Pour la gouverne de nos lecteurs, fussent-ils immanquablement sceptiques ou systématiquement hostiles, qu’ils sachent au moins ceci : l’imam Tareq Oubrou, que les médias donnent pour « libéral » ou « progressiste », n’est jamais qu’un musulman de « tradition ». Lequel a refusé toute forme de protection policière. Et ce, pour deux raisons exposées aux journalistes de France Bleu. La première est qu’il estime que « sa foi le sécurise ». La seconde ? « En période de difficultés économiques, je ne veux pas être une source de dépenses supplémentaires… » Et de conclure : « Il ne faut pas céder à la peur. Il faut apprendre à vivre avec le risque pour faire face à cette peur qui est recherchée par les terroristes. […] La France est notre nation ! »

La grande classe. Cet imam aurait mérité d’être curé. D’ailleurs, ne l’est-il pas un peu à sa manière ?

Published by Willow - dans Divers
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