8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 19:23

 

Le dernier monarque de la Ve République

Ou

Un sphinx doublé d’une énigme

(Henri Saint-Amand)

 

 

Mitterrand politique, Mitterrand intime, la face et les vies cachées de Mitterrand, le dernier monarque de la Ve République. Depuis ces dernières semaines, les médias protéiformes (télé, radio, presse écrite, Web) nous conditionnent l’esprit pour le 20e anniversaire de la disparition de François Mitterrand. Même j’en parle, c’est dire… On passe ainsi de la Génération Mitterrand, chère à Jacques Séguéla, à la Vénération Mitterrand. Ce n’est pas étonnant que certains humoristes l’aient appelé « Dieu ».

Il est vrai que, ce 8 janvier 1996, François Mitterrand est passé de vie à trépas, après avoir volontairement arrêté ses traitements médicamenteux. Pour ceux qui s’en souviennent, c’est ce jour-là que Jacques Chirac est devenu vraiment Président, tant l’ombre tutélaire de son prédécesseur l’a accompagné pendant les sept premiers mois de son mandat.

Ce 8 janvier 1996, tout ce que la terre française comptait de socialistes et même de communistes a pleuré à chaudes larmes. Il s’est même dit que des gens d’extrême droite y étaient allés de leur petite prière pour que les cieux accueillent comme il se doit cette âme troublée, passée des bancs des pères maristes aux rangs de la gauche, en faisant un crochet par Vichy et la Résistance, tout en conservant quelques amitiés sulfureuses mais aussi de bonnes inimitiés.

 

 

Qu’on aime ou que l’on déteste François Mitterrand, ce dernier aura réussi à inscrire son nom dans l’Histoire, avec un grand H. C’est d’ailleurs ce qu’il voulait. Il aura mis les moyens : Grande Arche de la Défense, pyramide du Louvre, opéra Bastille, musée d’Orsay, Bibliothèque nationale de France, Institut du monde arabe, et même le centre culturel Tjibaou (!). Bref, mission accomplie. Les années passant, François Mitterrand est parvenu à se hisser (presque) au niveau d’un Charles de Gaulle, qu’il a honni et dont il a détesté le régime. Pourtant, avec la facilité d’un caméléon, l’ex-premier secrétaire du Parti socialiste s’est fondu dans les habits de la Ve République, sachant bien la réutiliser à son profit quand il s’est agi, pendant les deux cohabitations, d’appliquer « la Constitution, toute la Constitution et rien que la Constitution ». Dieu sait s’il avait fustigé cette Ve République qu’il affirmait viciée dès le départ et dans laquelle il voyait, avec l’arrivée de De Gaulle au pouvoir le 13 mai 1958, un « coup d’État permanent ».

À travers toutes ces émissions commémoratives, il reste du 21e président de la République française l’image d’un sphinx doublé d’une énigme, d’un homme cultivé, ambigu, duel, cassant, menteur, parfois obséquieux, condescendant, manipulateur mais doté d’un vrai sens de l’État. On sent aussi un homme qui est allé braconner à gauche parce qu’il ne trouvait pas de terrain de chasse à droite. En fait, Mitterrand était un vrai Français ayant les idées un peu à gauche, le portefeuille à droite et une spiritualité toute personnelle. Il nous avait prévenus le 31 décembre 1994, lors de ses derniers vœux : « Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. » Chacun retiendra ce qu’il souhaite de Mitterrand. Pour ma part, c’est le mot de l’ancien ministre André Santini : « Je me demande si l’on n’en a pas trop fait pour les obsèques de François Mitterrand. Je ne me souviens pas qu’on en ait fait autant pour Giscard. »

 

Published by Willow - dans Divers
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