25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 18:27

 

Le téléphone pleure

Ou

L’attente à Sion du bédouin

(Nicolas Gauthier)

 

 

Au  Proche et au Moyen-Orient, les nouvelles se suivent et se ressemblent, toutes plus mauvaises les unes que les autres. Quoique… Barack Obama, dans la sagesse que peut éventuellement conférer la fin d’un second CDD non renouvelable, laisse implicitement la main aux Russes dans le bourbier syrien, Russes aidés sur le terrain par le puissant allié iranien, réintégré dans le jeu diplomatique par la tardive audace du même Barack Obama.

Gagner la guerre contre l’État islamique ? Bien sûr que c’est possible, simple question de temps, de volonté et de moyens. Mais après ? Comment gagner la paix ? En effet, tel que l’écrivait récemment Michel Onfray, il faudra bien, tôt ou tard, négocier avec ces « gens-là », fussent-ils « barbares » tout en sachant que le « barbare », c’est immanquablement l’autre…

Au-delà de ces points de vue ne relevant, finalement, que de l’ordre technique, une autre question se pose : quid de la parole de la France qui devrait pourtant être prédominante dans cette région de la planète ?

 

Charles Martel - Napoléon III - Jean-François Champollion

Louis Massignon - Jacques Berque - René Guénon

 

Car de Charles Martel en croisades, d’Algérie française en équipée napoléonienne en Égypte, de protectorat marocain en mandats en Syrie, Liban et Tunisie, la France, de tous les pays européens, est celui dont l’histoire est la plus imbriquée avec celle de cet Orient si compliqué. Mieux : l’orientalisme est un concept éminemment gaulois. Jean-François Champollion et sa pierre de Rosette. Louis Massignon, René Guénon, sans oublier Napoléon III qui, longtemps, caressa le rêve d’un royaume français d’Orient dont il aurait bien donné la couronne à son ami, l’émir Abd el-Kader, et aujourd’hui Jacques Berque, meilleur traducteur à ce jour du Coran, et accessoirement catholique militant…

Mieux : depuis l’alliance conclue entre notre roi François Ier et Soliman le Magnifique, sultan de Constantinople, la voix de la France comptait encore là-bas ; enfin, comptait encore. Nos rois capétiens étaient contractuellement tenus pour protecteurs des chrétiens d’Orient, tandis que le premier titre pris par le sultan Mehmet, après avoir fait tomber les derniers défenseurs de la basilique Sainte-Sophie, fut celui de protecteur de la Nouvelle Rome, tandis qu’il lâchait ce joli mot : « Sparte est enfin vengée… »

 

François Ier & Soliman le Magnifique (Suleymaniye cami)

 

Aujourd’hui, en Turquie, pour évoquer un « Européen », on parle encore d’un « Franci ». À Istanbul, il y a encore des journaux francophones et le turc, fabriqué de bric et de broc par Kemal Atatürk, est truffé de mots fleurant bon la langue de Molière, même ayant supprimé les plaques de rue stambouliotes qui, jusqu’à sa prise de pouvoir, étaient encore libellées en français.

Le drame est que, maintenant, ces peuples attendent en vain que la France donne de la voix, voix naguère écoutée. Le général de Gaulle, François Mitterrand, Jacques Chirac, et même – et surtout – Jean-Marie Le Pen ? De « vrais Français ! », nous dit-on, même dans les souks où les touristes occidentaux ne s’aventurent jamais. Avec Nicolas Sarkozy, le temps virait déjà au vilain. Avec son successeur, c’est l’averse, version poisse dégoulinante pour tout le monde.

 

Charles de Gaulle - François Mitterrand - Jacques Chirac - Jean-Marie Le Pen

 

Et pourtant, tous ces gens, qui nous sont intimement liés par l’Histoire – il fut un temps où la France fut la première puissance musulmane au monde -, se désespèrent de ne plus avoir personne au téléphone. C’est malheureusement ainsi. La France ne répond plus. Que ce soit pour les autres et même pour les nôtres.

Que reste-t-il de la politique arabe de la France ? Même plus Barbès-Rochechouart, quartier désormais abandonné aux bobos. Juste la jungle de Calais. Bravo, les gars !

 

Pipo & Baratin

Published by Willow - dans Divers
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