13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 16:50

 

Capitaine perdu

Jacques Terpant

2015

 

Pour moi, la bande-dessinée a très longtemps été liée aux petits formats de mon enfance. Ces illustrés dont nous étions si friands, ne possédaient pas le luxe des bandes-dessinées des grandes maisons d’édition, mais l’originalité de ses scénaristes nous ouvrait aux horizons lointains.

En découvrant « Capitaine perdu » de Jacques terpant, j’ai retrouvé le parfum de mes jeunes années.

 

 

1763. La guerre de sept ans vient de prendre fin. Tandis que les Anglais sont cantonnés sur la côte est de ce qui ne s’appelle pas encore les États-Unis d’Amérique, la France cède toute ses possessions, territoire immense qui s'étend des Grands lacs au golfe du Mexique. Le capitaine Saint-Ange, responsable du fort de Chartres, dernier bastion français, va devoir remettre la place forte aux anglais pour ensuite rentrer au pays. Mais l’homme est tiraillé entre son devoir d’obéissance à son souverain et son amour pour cette contrée qui l’a vu naître et ces sauvages (le terme indien n’est pas utilisé à l’époque) qu’il a appris à aimer. De plus, ces derniers n’admettent pas la défaite alors qu’ils n’ont pas encore combattu. Les différentes tribus se soulèvent contre l’occupation des « habits rouges » et demandent à leurs frères blancs encore présent de les rejoindre dans leur lutte. L’heure du choix a sonné.

Le nouveau récit de Jacques Terpant invite le lecteur à découvrir une page de l’Histoire de France plutôt ignorée des manuels. Témoignage d’un échec politique et stratégique cuisant, il met surtout en exergue la conception totalement différente de la colonisation. Les Français ont cherché à s’intégrer et à vivre avec les autochtones. Les Anglais prônent une politique clairement ségrégationniste. Les quelques pages en fin d’album qui reviennent sur ce contexte historique sont particulièrement intéressantes. Toutefois, cet ouvrage n’est pas un documentaire et livre bien une histoire d’aventure. Il est pour le moment assez lent, s’attachant, on l’aura compris, à dresser le tableau de la situation en insistant sur les êtres, afin de bien saisir les motivations des uns et des autres, et comprendre les implications de ce qui est en train de se jouer.

L’humanité du propos trouve une résonance dans le dessin de Jacques Terpant, grâce à la vie qu’il insuffle dans les paysages rehaussés par le soin de la mise en couleurs. Il permet au lecteur d’imaginer quelque peu la magie vécue par les immigrants lors de la découverte de ces terres presque vierges de présence humaine. Les visages expressifs participent pleinement à la narration, racontant la joie des joutes sportives, le respect et l’amitié entre deux peuples qui se sont attachés l’un à l’autre, ou encore l’inquiétude et la colère devant la perte de la souveraineté des territoires chéris.

Le premier tome de ce diptyque sur la fin d’un monde et d’une époque est très plaisant et fait naître l’intérêt.

Par O. Vrignon

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Willow - dans Romans & BD
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