18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 17:17

 

Depardieu est grand !

Ou

L’ogre gaulois

(Nicolas Gauthier)

 

 

Gérard Depardieu ? 214 films au compteur… Qui dit mieux en nos contrées ? De cette imposante filmographie, retenons-en au moins trois :


Les Valseuses, de Bertrand Blier (1974). Il est un petit voyou au grand cœur, qui meurt (même si l’histoire ne le dit pas vraiment) dans un accident de voiture parce qu’il ne supporte plus la France consumériste giscardo-pompidolienne.


Uranus, de Claude Berri (1990). Il est un patron de bistrot aussi ivrogne que poète, qui finit assassiné par les résistants galonnés de la onzième heure, lui qui n’en peut plus de la bêtise de ses contemporains gaullo-vichyssois.


La tête en friche, de Jean Becker (2010). Un pauvre hère à moitié analphabète, mais transporté de bonheur, parce que la belle Geneviève Casadesus, à l’époque presque centenaire, lui apprend les joies de la lecture, ce qui ne l’empêche pas de souffrir de n’être point entendu des crétins de son village, encore plus idiots que lui.

 

Uranus

 

Gérard Depardieu, le plus français de nos acteurs, peut toujours se résumer – enfin, considérant que cet homme puisse l’être – à ces trois chefs-d’œuvre. Incompris ? Il l’est peut-être aujourd’hui plus que jamais.

D’où cet entretien accordé lors de l’actuel Festival de Cannes, à l’occasion duquel il affirme, devant des journalistes éberlués : « Nuit debout ou Assis sur la cuvette des chiottes, c’est pareil ! […] T’as des cons qui vont comparer ça à Mai 68, mais qu’est-ce que ça change ? Tout cela va se terminer avec la blonde ! » Quelle blonde ? Explications : « Il y a tellement de merde en France que c’est très difficile d’y faire sa place, puisqu’on vous prend tout. On prend tout, y compris aux plus pauvres, surtout aux plus pauvres […] On va se retrouver avec une Le Pen au cul ! »

 

La tête en friche

 

Il y a parfois du Léon Bloy chez cet ogre.

Ces propos iconoclastes n’ont rien d’un lendemain de cuite – d’ailleurs, Gérard Depardieu a arrêté de boire, « n’aimant plus l’ivresse », tel que révélé quelques jours plus tôt aux lecteurs du Parisien. Occasion de rappeler qu’aucun homme ou femme politique « ne trouve grâce à ses yeux », hormis Vladimir Poutine, évidemment : « Poutine, qui est si décrié, a donné aux Russes, à son peuple, la possibilité de retrouver leurs terres, de les travailler. C’est un homme intéressant, indépendamment de ce que les médias en disent. […] Il me donne des leçons de géopolitique. »

Lesquelles leçons amènent probablement Gérard Depardieu à assurer : « Je ne pense pas que nous soyons entrés dans une guerre de religion, mais les religions sont devenues politiques. C’est ce qui s’est passé avec Ronald Reagan et l’Arabie saoudite. Et comme Reagan a fait ami-ami avec l’Arabie saoudite, on sait maintenant que ce sont eux qui financent les choses… » Nous voilà donc loin de ce « Grand Journal » de Canal+ qui le fait tant « chier »…

 

Gérard Depardieu & Vladimir Poutine

 

Et à cette question un peu naïve d’un lecteur du Parisien qui lui demande si, à l’occasion de son dernier film, The End, il a « vraiment mangé des chenilles » et s’est retrouvé le corps « recouvert de blattes », cette seule réponse : « Oui, ça, je l’ai fait. Les chenilles, c’est bon. Les blattes, c’est très chiant parce qu’il y en a toujours une qui se coince à un endroit. Partout… dans le trou de balle, il y en avait une qui se glissait. Elle n’a pas survécu. »

Sans risquer un hasardeux parallèle entre blattes et tenants de la pensée dominante, on dira que Gérard Depardieu aurait comme tendance à survoler notre morose époque d’un anus désabusé.

Ce qui ne lui interdit pas, dans les églises, de réciter les plus belles pages de saint Augustin, son auteur favori.

Et c’est ainsi que notre Gégé national est grand, pour paraphraser, une fois de plus, notre cher Alexandre Vialatte.

 

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