20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 12:46

 

Machiavel et les armes de migration massive

Ou

La variable d’ajustement

(Nicolas Bonnal)

 

La tour de Babel (Marten van Valckenborch)

 

La base d’un empire multiculturel (Un empire est toujours multiculturel) est de conquérir des territoires et de transférer des populations pour les amadouer et les contrôler [1]. C’est maintenant ce que l’on fait en Europe. Il faut amener des colons, et remplacer les populations rétives qui sont dominées – ou se laissent mourir. Car comme le remarque Madison Grant dans son « Passage d’une grande race », une immigration non désirée doit éteindre la natalité dans les pays nouvellement conquis ou occupés. C’est comme cela que le Wasp a commencé à disparaître en Amérique du Nord dans les années 1880. Kipling s’en plaint dans sa correspondance (il vivait alors à Boston), Lovecraft dans sa nouvelle La rue, Henry James dans son journal, O’Henry dans ses petits contes, Edward Ross dans son œuvre de sociologue, Scott Fitzgerald dans Gatsby [2].

On ne va pas pleurer le Wasp bien sûr, ni celui (comme dit Woody Allen, « la nature est un grand restaurant ») qui fut chassé de son île irlandaise par une politique froide de famine appliquée par Londres (qui a toujours su manipuler les famines dans un but politique). Le Wasp lui-même avait remplacé les Indiens peu avant. La tragédie des îles hawaïennes et autres fut identique. Des populations furent massacrées, empoisonnées et remplacées par d’autres plus soumises et plus travailleuses. Le Grand Remplacement est hélas une donnée éternelle, mais il importe de rappeler qu’il est rarement naturel ; il est presque toujours politique et il sert aussi à faire du fric. Le capitalisme joue ici avec le pouvoir et la militarisation. On se rappelle de ces jeunes Écossais qui dorment sous la tente en Écosse alors qu’ils travaillent pour Amazon (entreprise qui me publie gentiment, ce n’est pas le problème). Simplement nous revenons à la plantation et au cannibalisme financier que la peur du gendarme soviétique avait calmé un temps.

 

Rudyard Kipling - Howard Phillips Lovecraft - O’Henry

Henry James - F. Scott Fitzgerald - Edward Alsworth Ross

 

La tactique est toujours la même. Car grand remplacement rime avec déplacement, mais aussi avec un ensemble de dépècements psychologiques, de brouillages de codes, ou de déprogrammation mentale (voyez l’école socialiste et son enseignement liquide en France et en Europe). On citera Tocqueville qui écrivait cette fois à propos des Indiens :

« En affaiblissant parmi les Indiens d’Amérique du Nord le sentiment de la patrie, en dispersant leurs familles, en obscurcissant leurs traditions, en interrompant la chaîne des souvenirs, en changeant toutes leurs habitudes, et en accroissant outre mesure leurs besoins, la tyrannie européenne les a rendus plus désordonnés et moins civilisés qu’ils n’étaient déjà. »

Les observations de Tocqueville sur le devenir des minorités US sont admirables.

Et j’en viens au cher Machiavel [3]. Les Italiens (plus haut QI d’Europe) seront toujours nos maîtres et nos éclaireurs, pour la bonne et simple raison qu’ils ont déjà vu et tout commenté, et le plus souvent pour rien hélas ! La connaissance, comme dit Salomon, ne sert qu’à accroitre sa douleur (qui auget scientiam, et auget dolorem, dit ma Vulgate !). La Renaissance permit de connaître de nouvelles  expériences passionnantes, et aussi de revivre l’Antiquité d’une certaine manière. Voyez La Boétie qui publie à la même époque le meilleur texte sur notre aliénation moderne.

 

Citations de Nicolas Machiavel

 

J’ignore si Machiavel connaissait le procédé inca du mitmae (remplacement de population après la conquête de ce même « empire socialiste inca »), mais il savait décrire comment s’y prenaient les princes néo-grecs de la Renaissance :

« Pour conserver une conquête… Le meilleur moyen qui se présente ensuite est d’établir des colonies dans un ou deux endroits qui soient comme les clefs du pays : sans cela, on est obligé d’y entretenir un grand nombre de gens d’armes et d’infanterie. »

Oui, mieux vaut des « colons » que des gens d’armes pour assurer l’ordre. D’autant que l’on peut comme en Allemagne nommer ces réfugiés policiers : ils empêcheront les machos allemands de violer leurs compatriotes, m’a dit une étudiante espagnole vivant à Bamberg ! Cette ânesse passe son nez toute la journée dans son téléphone portable, et on peut dire que le système la tient bien en laisse, comme un ou deux milliards d’autres « jeunes » de son acabit, bien formatés et surtout distraits, tous sortis des pires cauchemars de Plutarque ou de La Boétie (de qui ?).

Machiavel ajoute avec le cynisme toxique qui caractérise sa prose impeccable :

« L’établissement des colonies est peu dispendieux pour le prince ; il peut, sans frais ou du moins presque sans dépense, les envoyer et les entretenir ; il ne blesse que ceux auxquels il enlève leurs champs et leurs maisons pour les donner aux nouveaux habitants. »

Ce que vit l’Italie en ce moment est incroyable. On ruine le contribuable pour sauvegarder des banques insolvables, on remplace un peuple déjà vieillissant pour le plaisir de plaire à des élites humanitaires, on remet au pouvoir des gens qui ont été reniés par les urnes mais choisis par l’Otan, Bruxelles ou les banques…

Machiavel explique comment on divise la population.

« Or, les hommes ainsi offensés n’étant qu’une très faible partie de la population, et demeurant dispersés et pauvres, ne peuvent jamais devenir nuisibles ; tandis que tous ceux que sa rigueur n’a pas atteints demeurent tranquilles par cette seule raison ; ils n’osent d’ailleurs se mal conduire, dans la crainte qu’il ne leur arrive aussi d’être dépouillés. »

La lâcheté et le refus de s’informer font partie du complot. Comme disait MacLuhan, le héraut catholique-cathodique du village global, « les plus grands secrets sont gardés par l’incrédulité publique».

 

Nicolas Machiavel

 

On recommandera au lecteur la lecture de Kelly Greenhill sur ces armes de migration massive [Traduction à venir, NdSF]. Greenhill en bon agent impérial les impute à des tyrans putatifs et oublie les responsabilités impériales et capitalistes de nos chères élites occidentales !

C’est pourquoi je recommande les classiques. Il n’est pas de situation qu’ils n’expliquent mieux que leurs experts. Regardez Marx par exemple qui nous parle du dépeuplement nazi (féodal) des clans écossais au profit d’une certaine duchesse Sutherland :

« Mais à tout seigneur tout honneur. L’initiative la plus mongolique revient à la duchesse de Sutherland. Cette femme, dressée de bonne main, avait à peine pris les rênes de l’administration qu’elle résolut d’avoir recours aux grands moyens et de convertir en pâturage tout le comté, dont la population, grâce à des expériences analogues, mais faites sur une plus petite échelle, se trouvait déjà réduite au chiffre de quinze mille.

De 1814 à 1820, ces quinze mille individus, formant environ trois mille familles, furent systématiquement expulsés. Leurs villages furent détruits et brûlés, leurs champs convertis en pâturages. Des soldats anglais, commandés pour prêter main forte, en vinrent aux prises avec les indigènes. Une vieille femme qui refusait d’abandonner sa hutte périt dans les flammes. C’est ainsi que la noble dame accapara 794 000 acres de terres qui appartenaient au clan de temps immémorial [4]. »

Et pourquoi changer une équipe – et une méthode – qui gagne ? La faiblesse de nos réactions favorise le retour du comportement barbare chez les élites. Elles n’ont plus peur de nous.

 

[1] : Kelly Greenhill, Weapons of Mass Migration : Forced Displacement as an Instrument of Coercion. Bientôt traduit par le Saker francophone.

[2] : Naomi Klein, La stratégie du choc, chapitre II

[3] : Machiavel, Le Prince, chapitre III

[4] : Marx, Le Capital, livre I, chapitre VIII, l’accumulation primitive

Published by Willow - dans Divers
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commentaires

Bouriquet 20/07/2017 23:17

Un migrant sédentaire est un non-sens.

Willow 21/07/2017 01:37

C’est vrai ma foi ! Mais tu joues sur les mots car parfois ils sont appelés « A bouger ». ;O))

Betamax 20/07/2017 22:45

J’ai adopté un lévrier afghan et j’en suis très heureux. Il est un peu dominateur et susceptible, mais les chiens français non plus la niaque.

Willow 21/07/2017 01:36

On devine chez toi l’européen sceptique. Que fais-tu du berger allemand ou du berger belge ? ;O))

Diabolic 20/07/2017 21:16

La majorité des gens n’entrevoie pas le phénomène ainsi. Dire que les migrants sont une arme de déstabilisation n’empêche pas de penser que certains sont aussi des victimes. Cela me rappelle la façon dont les grands patrons américains ont passé outre les revendications ouvrières en faisant venir des travailleurs chinois pour casser les grèves.

Willow 21/07/2017 01:36

Tu as sans aucun doute raison. Le tout est de savoir de quoi et de qui ils sont les victimes. Se voiler la face, c’est se donner bonne conscience à moindre frais. Surtout quand on laisse le soin aux autres de payer la note. ;O))

SALY 20/07/2017 18:09

Banania c est a ma portée mais Machiavel la je dois dire que c est au dessus de ma tete! j en connais qui vont dire que rien ne m interesse n est ce pas?????alors la tu fais tres fort bvo

Willow 21/07/2017 20:44

Quand on met les pâtes dans sa gamelle, il n’aime pas que l’on soit dans ses pattes. Et ron et ron petit patapon ;O))

SALY 21/07/2017 19:03

Faust aime tout le monde sauf si on lui marche sur les pates!!!!!!!!!!!!!!!!!!mais bon tu le connais aussi bien que moi mdr

Willow 21/07/2017 18:32

Puisque tu raffoles des citations, en voici une de Marcel Pagnol, « Il est parfois difficile de savoir qui, dans une famille, commande : Le mari, la femme, la belle-mère, ou la cuisinière. Mais le chien de la maison, lui ne s’y trompe jamais. » Qu’en pense notre ami Faust ? ;O))

SALY 21/07/2017 08:34

Et en plus tu me sorts du Jules Renard!!!!!!je laisse la place aux erudits de service ou a ceux qui croient l etre (humour) je reste dans le brexit avec mon Jack Russel qui lui ne se prend pas la chou !!meditez bien

Willow 21/07/2017 01:35

Comme le disait Jules Renard « Chacune de nos lectures laisse une graine qui germe ». Il faut être curieux non ? Après, on peut être pour, on peut être contre, mais l’important est de se forger une opinion. ;O))