1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 19:19

 

Mademoiselle Jeanne

Ou

Le bon goût français

(Nicolas Gauthier)

 

 

Il y a féminisme et féminisme. Les femmes qui se prétendent féministes et celles qui se contentent de l’être, sans forcément en faire toute une histoire. Jeanne Moreau, qui nous a quittés ce lundi, à 89 printemps, était à placer au rang de ces dernières.

On lui connaît deux maris. Le réalisateur Jean-Louis Richard, l’un des scénaristes de prédilection de François Truffaut, épousé en 1949, après qu’elle lui eut donné un fils, le seul qu’elle aura, époux dont elle divorce en 1951. Puis un autre cinéaste, l’Américain William Friedkin, The French Connection et L’Exorciste, c’est lui, marié en 1977 et dont elle se sépare en 1979. Avec Jeanne Moreau, l’amour durait toujours deux ans.

Les amants, en revanche, on ne les compte plus. François Truffaut et Sacha Distel. Georges Moustaki et Marcello Mastroianni. Pierre Cardin et Tony Richardson qui, pour ses beaux yeux, abandonne sa sublime muse, Vanessa Redgrave. Le tourbillon de la vie, en somme, titre de la chanson de Jules et Jim, le film de François Truffaut, par les soins de la belle interprétée, et qui nous conte le récit d’un… triangle amoureux.

 

 

Sa carrière, forte de plus de cent trente films. Du Dernier Amour, de Jean Stelli (1949) au Talent de mes amis, d’Axel Lutz (2015), c’est plus de soixante années de cinéma ; toute une histoire : la sienne et aussi un peu celle du septième art. Jeanne Moreau a tout joué, les prudes et les coquines, les douces et les atrabilaires. Pour donner un bref aperçu de l’étendue de son talent, qu’il nous soit permis de citer ces deux films, arbitrairement choisis par l’auteur de ces lignes : Gas-oil, de Gilles Grangier (1955), et Les Valseuses, de Bertrand Blier (1974).

Le premier est un film populiste où elle incarne une humble institutrice, petite amie du routier Jean Gabin. Des petites gens peut-être sans importance, mais qui savent prendre leur destin en main contre ceux qui viennent leur pourrir l’existence. Jeanne Moreau y est sublime de modestie et d’érotisme tout en retenue.

Le second est un autre film populiste, où elle campe une taularde s’offrant aux bras de deux vagabonds – Gérard Depardieu et Patrick Dewaere – qui, à leur manière foutraque, luttent contre une autre forme de conformisme ; à savoir le consumérisme giscardo-pompidolien. Jeanne Moreau y est inoubliable, de pudeur et d’érotisme déjà nettement plus débridé.

Dans ces deux cas de figure, deux portraits de femme libre. Jeanne Moreau, ce n’était pas que ça ; mais c’était aussi ça… Depuis son décès, les hommages pleuvent, certains de circonstance, d’autres plus sincères. À noter les deux plus idiots de la moisson, ceux d’Anne Hidalgo, maire de Paris, et de Marlène Schiappa, ministre du Tricot ou d’un bidule approchant, qui voient principalement en elle une figure « engagée » en général et pour les droits des femmes en particulier. Tout cela est d’un nigaud, sachant que Jeanne Moreau campait plus sur des positions « dégagistes » qu’« engagistes »…

 

Jeanne Moreau & Jean Gabin (Gas-oil)

 

À son crédit féministe ? S’être déclarée favorable à l’avortement pour des raisons sanitaires, un peu comme Simone Veil, d’ailleurs, et avoir demandé la libération des Pussy Riot quand elles étaient en prison. La belle affaire !

Bref, l’humanisme féministe à la Jeanne Moreau ou à la Françoise Sagan, c’était autre chose qu’aujourd’hui, triste 31 juillet, jour par elle choisi pour tirer son ultime révérence, et dont profite Lââm, piailleuse à casquette sur le retour et féministe de cités, milieu bien connu pour sa vétilleuse observance de l’amour courtois, pour exiger des patrons de TF1 qu’ils rebaptisent les Dix petits nègres d’Agatha Christie dont ils viennent de diffuser une nouvelle version.

Voilà qui aurait bien fait rire la défunte qui, dans les années cinquante, fut plus que proche des très sulfureux Roger Nimier et Paul Morand. Toute une époque, on vous dit ; pas la nôtre, il va de soi…

 

 

commentaires

Cassandre 03/08/2017 16:58

Bonjour Willow,

On la connaît et en même temps on ne la connaît pas...

C'était une icône, + qu'une actrice populaire, car justement, elle "s'engageait " dans des films d'auteurs ou d'avant-garde, des réalisations hors de la norme..

Je me souviens surtout du film qui m'a permis de la découvrir , c'était "La mariée était en noir" film qui m'a fascinée et que je reverrais avec grand plaisir d'ailleurs..

Willow 04/08/2017 01:48

Je pense que c’est sa popularité et sa discrétion qui ont fait d’elle une icône. Si elle n’avait tourné que dans des films difficiles elle n’aurait pas eu cette aura. En parlant de « La mariée était en noir » il y avait aussi Claude Rich. Toute une époque. ;O))

Diabolic 02/08/2017 18:05

Elle avait de la classe cette femme et du talent. Je regarderai Gas-oil ce soir.

Willow 04/08/2017 01:48

Je ne pense pas que l’on dure dans ce métier si l’on n’a pas ce petit quelque chose en plus qui fait toute la différence. Elle a marqué le cinéma comme Annie Girardot. On sent qu’elles aimaient vraiment le cinéma. ;O))

SALY 02/08/2017 09:23

ah ascenseur pour l échafaud!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! je suis etonnée que tu n aies pas choisi un des morceaux de musique de Miles Davis, mais compte tenu de la filmographie de Jeanne MOREAU il est difficile de faire un choix et ton article ferait 100 pages!!

Willow 04/08/2017 01:47

Comme tu le dis, le choix du film aurait pu être tout autre. J’ai choisi « Gas-oil » parce que j’aime bien le ton des films de Gilles Grangier. C’était aussi l’occasion de revoir Gabin en mec du peuple. ;O))