4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 15:15

 

Frank Bill - Donnybrook - 01

Traduit par Antoine Chainas (Série Noire - Gallimard) 2014


Avec Frank Bill, nous sommes face à une nouvelle race de romanciers et il va falloir nous y habituer car la déferlante de ces énergumènes est symptomatique de nos sociétés en pleine décadence. Je vous le dis sans emphase, Frank Bill est un grand et il ne faudra pas attendre longtemps avant qu’il ne rejoigne la fameuse liste des auteurs incontournables.

A la lecture de « Donnybrook », certains lecteurs risquent d’être rebutés par sa radicalité totale. Cependant, vouloir ignorer ou minimiser son impact serait oublier, un peu vite, que très souvent chez les plus grands, elle est le résultat d’une simple clairvoyance. A n’en pas douter, il s’agit là d’un roman noir, très noir même, mais s’il vous arrive parfois comme moi, de douter de la nature humaine, il vous apparaitra alors comme un roman d’anticipation des plus effrayants.

 

Frank Bill - Donnybrook - 02

 

Bienvenue au Donnybrook : un tournoi de combats à poings nus qui se déroule sur un terrain de cinq cents hectares dans les forêts du sud de l'Indiana. Vingt concurrents, un ring en fil de fer barbelé, et le match se prolonge jusqu'au dernier homme debout. Les spectateurs, saouls ou défoncés, misent sur leur favori.

Marine est un père désespéré. Non seulement il est prêt à tout pour nourrir ses gosses, mais c'est aussi le pugiliste le plus redoutable du Kentucky. Le Donnybrook constitue pour lui une chance unique d'accéder à une vie meilleure. Le prix accordé en espèces au gagnant résoudra tous ses problèmes, il en est convaincu.

Angus La Découpe, de son côté, a raccroché les gants depuis longtemps. Cette légende des combats clandestins, jusqu'alors invaincue, s'est reconvertie avec sa sœur, Liz, dans la fabrication de méthamphétamine. Leur dérive les mènera loin. Si loin que Liz décide de le trahir. Le Donnybrook sera le lieu de leur dernière confrontation.

Des quatre coins de l'Amérique profonde, divers protagonistes, guidés par leurs propres obsessions – drogue, violence, sexe, argent, honneur –, vont converger vers les lieux de leur perdition. Ou de leur ultime rachat...

Donnybrook est un livre féroce et explosif. Entre Donald Ray Pollock et Chuck Palahniuk, Frank Bill nous offre un voyage dopé aux amphétamines à travers une Amérique rurale en pleine débâcle.

 

Frank Bill - Donnybrook - 03

 

Au bout de la route c’est l’aventure. Mais attention ! Cette aventure a un goût de descente aux enfers. Suivez donc le guide : il a pour nom, Marine Earl. Il n’a rien d’un ange, mais dans ce monde qu’on nous prépare, c’est un des modèles les plus fiables. Pour survivre dans une société en pleine déliquescence, Purcell vous le dira, il faut y être préparé. Physiquement cela va de soi, mais aussi à supporter les relents de pourriture qui imprègnent ces corps et ces âmes damnées qui valsent au rythme de leurs pulsions les plus abjectes.

On ne nait pas infâme, on le devient. Tel aussi est le message de Frank Bill. C’est pourquoi, loin des clichés propres à effrayer le lecteur, il tente par une écriture imagée et limpide de donner à ses personnages une réalité incontestée et incontestable. C’est vrai qu’il n’hésite pas à les pousser hors d’eux-mêmes, dans leurs derniers retranchements, parfois même à la limite du concevable mais toujours avec l’humour nécessaire dans l’approche, n’est-ce pas là une évidente preuve d’un talent maitrisé.

Si Frank Bill est un romancier, il n’a rien d’un romantique. Son inspiration,  il la puise à coup sûr dans les méandres destructeurs de nos addictions sociétales : Abus de psychotropes, destructions des repères gangrénant un nombre de plus en plus croissant de nos concitoyens, appauvrissement poussant à la survie, reclus dans d’infâmes taudis ou de vieilles masures perdus au fin fond de nulle part et enfin pour finir par un abrutissement total dans une contemplation jouissive des jeux du cirque.

Comme vous pouvez le constater, je ne suis pas resté insensible à ce cauchemar halluciné et comme un grand malade, j’ose espérer cette suite que la fin nous laisse présager. 


Published by Willow - dans Romans & BD
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commentaires

dacaio 05/09/2014 22:00


ps : pour l'interprête de la musique de mon diapo, et ben .... je l'ignore .... tout ce que je sais, c'est que c'est de la guitare classique espagnole et que le morceau s'appelle 'romantique"
.... j'ai pioché çà sur Youtube ....


bisous

Willow 05/09/2014 23:47



Bonne pioche.



dacaio 05/09/2014 21:22


bonsoir Willow ... tu sais, j'écoute beaucoup autour de moi, les voisins, les camarades de travail  .... et je suis effarée  ... trop souvent, ce n'est que jalousie, envie, ironie,
égoisme, déni d'engagement ...  ... on a été trop bien nourris ces dernieres années ... le STRUGGLE FOR LIFE a disparu de nos têtes ... dommage !!!


et en parlant de POING voilà celui que moi je cautionne !!!


Gros bisous et bonne soirée



Willow 05/09/2014 23:44



Tout est fait pour que cela soit ainsi, malheureusement. 



dacaio 05/09/2014 07:30


bonjour Willow


En résumé de ton analyse de ce livre et des intentions de l'auteur, il m'apparait que ce livre finalement pourrait presque être classé dans la rubrique "anticipation", dans la mesure où il évoque
une société et des comportements humains qui s'ils ne sont peut-être pas encore tout à fait aujourd'hui risquent fort d'être demain  !!


Je doute aussi bien souvent de la nature humaine, déçue par bien des vilénies et des bassesses qui pourtant ne semblent presque plus étonner personne ...


Merci pour ton com ... jee vais te chuchoter la réponse ... Gaudi avait conçu des sièges "masculins" et "féminins", ces derniers tenant compte de l'ampleur des robes des dames de l'époque !!!


bisous et bonne journée 





 

Willow 05/09/2014 16:16



Nous n’y sommes pas encore, mais nous en prenons  le chemin, petit à petit,
insidieusement. Il faut être aveugle ou trop égoïste pour ne pas remarquer que chaque renoncement à nos valeurs est un pas de plus fait dans cette direction. « Il n’est pire aveugle que
celui qui ne veut pas voir », devrait être un proverbe à méditer. Mais bien sûr, si cela consiste à regarder la télévision et s’imaginer être bien informer sur ce qu’on nous vend, il n’y a
pas trop d’espoir à attendre de nos contemporains. Au sujet de Gaudi, je le soupçonne d’être trop courtois et de ne pas avoir osé dire qu’il s’agissait de l’ampleur de leur popotin.
 



Pierre FAVEROLLE 04/09/2014 21:23


Tu es d'un avis très proche du mien, même si je le trouve en dessous de Donald Ray Pollock. Mais ce roman est terrible et terriblement gênant, horriblement violent. Une véritable épopée en enfer.
Au fait, j'espère que tu ne m'en veux pas, j'ai fait de la pub pour ton blog auprès des cercles de lecture polar dont je fais partie ... Amitiés

Willow 04/09/2014 22:37



J’avais lu ton article à ce sujet, et je suis justement en train de lire « Le diable, tout
le temps ». Je ne suis pas surpris d’être en phase avec ton commentaire. Pour le prochain, à coup sûr il sera plus léger. Je suis flatté d’une telle attention, même si mon blog n’est pas
consacré uniquement au polar. En tous les cas, je te remercie pour cette publicité. 



Florentin 04/09/2014 21:06


Eh bé, dis donc ! On ne doit pas sortir tout à fait indemne d'un roman comme celui-là ! On a déjà vu des tournois de l'espèce au cinéma. Combats vitaux et meurtriers qui ne donnaient place
qu'à l'ultime survivant(. Souvent le bon, la brute et le truand allant finalement à dame. Mais tout est dans le traitement de l'hsitoire et l'auteur que tu cites n'a pas l'air d'être un
manchot de la plume. A voir. A plkus. Florentin 

Willow 04/09/2014 22:36



Il est vrai que le roman est violent par le monde qu’il décrit. Mais le plus effrayant c’est
qu’insidieusement nous nous y dirigeons.