9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 22:08

 

Les z’en trop

Ou

« Comment ils ont inventé le chômage »

Richard Dethyre & Muriel Righeschi

 

Richard Dethyre et une partie de sa troupe

Richard Dethyre et une partie de sa troupe

Le système que dénonce Richard Dethyre dans sa pièce a un nom : c'est le capitalisme. Si on veut le combattre, il vaut mieux commencer par le nommer, sinon on fait fausse route et l’on part dans toutes les impasses réformistes possibles.

Parfois il est nécessaire de faire œuvre de pédagogie afin de redonner un vrai sens à la terminologie des mots. Pour avoir entendu ou lu dans la presse les propos de politiques, de journalistes ou même de blogueurs soi-disant éclairés, je sais que la tâche ne sera pas aisée et que le chemin sera long avant que la majorité de nos compatriotes mette à bas le discours renonciateur que l’on nous sert à longueur de temps.

Le spectacle écrit par Richard Dethyre et mis en scène par Muriel Righeschi est une satire et, comme telle, elle emprunte tous les artifices nécessaires à la rendre efficace. S’appuyant sur une longue pratique : Ouvrages, conférences, actions militantes, nos auteurs ont réussi à donner naissance à une œuvre à la fois décalée et drôle, poétique mais surtout fleurant bon la révolte.  

 

Richard Dethyre - Les z'entrop - 01

 

Fatale, la crise ? Naturel, le chômage ? Pas du tout ! Le chômage est une invention incroyable, dénoncée par Richard Dethyre avec sa pièce « Les Z’Entrop ou comment ils ont inventé le chômage ».

Fondateur en 1987 de l’Apeis (Association pour l’emploi, l’information et la solidarité des chômeurs et des précaires), Richard Dethyre sait de quoi il parle. Et c’est cette invention qu’il nous conte, à travers une fable satirique et féroce. Il était une fois Mai 68 et les accords de Grenelle. Le patronat est inquiet : en ces temps de plein emploi, les ouvriers sont en position de force pour revendiquer. Il faut que cela cesse.

C’est-à-dire refroidir l’économie, freiner la croissance, faire en sorte que les placements financiers rapportent plus que le travail pour sortir l’argent des entreprises et donc augmenter considérablement le nombre de chômeurs. « Car un chômeur ne la ramène pas, il cherche du boulot et ne fait plus grève », dit l’un des personnages. Voilà comment on a inventé ceux qui sont en trop, les Z’Entrop.

« Le chômage n’est pas un problème, c’est LA solution », lance un autre. Richard Dethyre montre comment le salaire devient le coût du travail, les cotisations des charges et le profit une création de richesses. « Le chômage a été organisé pour répondre à un rapport de force défavorable pour le patronat. Nous avons voulu déconstruire ce système pour le changer », lance Richard Dethyre.

Les Z’Entrop, mis en scène par Muriel Righeschi qui signe également plusieurs chansons du spectacle, est une dénonciation implacable d’un système qui, à force d’injustice, a abouti à la situation actuelle.

Benoit Lagarrigue


Richard Dethyre - Les z'entrop - 02

 

A tous ceux qui disent et qui pensent que le changement doit se faire en ménageant la chèvre et le chou et en renonçant à tous les acquis obtenus de hautes luttes par nos anciens, je dis qu’il vaut mieux agir au risque de se tromper plutôt que d’accepter la fatalité d’un monde dont l’issue ne fait plus aucun doute.

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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 16:56

 

22/11/63 de Stephen King

 

Stephen King - 22.11.63

 

Traduit par Nadine Gassié (Albin Michel) 2013

 

L’origine de mes premières lectures se situe dans mon enfance. Cependant, l’envie et le plaisir de lire me sont venus bien plus tard. Ces notions sont nées, sans aucun doute, avec la découverte de la bibliothèque municipale de mon quartier. Elle marquait pour moi le passage d’une lecture imposée au libre choix qui m’était offert. Par la suite, la fréquence de mes lectures a fluctué au gré des époques et de mes divers centres d’intérêt.

C’est en pénétrant l’univers d’auteurs comme Dean Koontz, Graham Masterton, Dan Simmons ou Stephen King  que j’ai vraiment repris goût à la lecture. Aujourd’hui, d’autres écrivains fréquentent ma bibliothèque, mais c’est toujours avec un immense plaisir que j’apprends la parution du récit d’un de ces romanciers.  Stephen King, puisque c’est de lui dont il s’agit, nous invite avec son dernier roman à revivre un des faits les plus marquants du XXème siècle.

 

Stephen King - 22.11.63 - A

 

2011. Jake Epping, jeune professeur au lycée de Lisbon Falls dans le Maine, se voit investi d’une étrange mission par son ami Al, patron du diner local, atteint d’un cancer. Une « fissure dans le temps » au fond de son restaurant permet de se transporter en 1958 et Al cherche depuis à trouver un moyen d’empêcher l’assassinat de Kennedy. Sur le point de mourir, il demande à Jake de reprendre le flambeau. Et Jake va se trouver plongé dans les années 60, celles d’Elvis, de JFK, des grosses cylindrées, d’un solitaire un peu dérangé nommé Lee Harvey Oswald, et d’une jolie bibliothécaire qui va devenir l’amour de sa vie. Il va aussi découvrir qu’altérer l’Histoire peut avoir de lourdes conséquences...

Une formidable reconstitution des années 60, qui s’appuie sur un travail de documentation phénoménal. Comme toujours, mais sans doute ici plus que jamais, King embrasse la totalité de la culture populaire américaine.

 

Stephen King - 22.11.63 - B

 

Avec Stephen King, nous sommes en présence d’un vrai conteur d’histoires. Chaque détail qu’il nous rapporte, loin d’être superflu, s’avère être une pièce maitresse d’un puzzle que lui seul connait et qu’il nous fait découvrir selon son bon vouloir.

Après avoir évoqué des pans de l’histoire américaine et nous avoir fait frissonner d’horreur avec ses précédents romans, voilà qu’il nous entraine sur les pas de son héros Jack Epping, un professeur d’anglais, dans un voyage à travers le temps. Le thème est récurrent dans la littérature fantastique, cependant avec Stephen King ce voyage dans le temps se transforme rapidement en une véritable reconstitution d’une époque.

 

Stephen King - 22.11.63 - Ford 1954 Sunliner

Ford 1954 Sunliner

Lequel d’entre nous n’a pas émis un jour le désir de pouvoir modifier le passé, afin de donner au futur une chance d’être plus acceptable. Cette occasion en or, est offerte à notre héros. Découvrant une faille temporelle cachée dans la remise d’un diner en aluminium, notre professeur d’anglais se lance dans l’aventure avec la ferme intention d’empêcher l’assassinat de Kennedy. Ce qui, au vu du déroulement de l’Histoire, pourrait se révéler d’une importance capitale, à la fois pour la femme et les enfants du président, mais aussi pour ses frères, peut-être pour Martin Luther King mais presque assurément pour des milliers de jeunes américains qui s’apprêtent, si rien ne change, à perdre la vie dans l’enfer du Viêtnam. Bon patriote, démocrate, pétri de bon sentiments, respectueux des femmes et des minorités ethniques, notre voyageur temporel se voit plongé dans un monde où ces valeurs semblent à peine exprimées et où les noirs n’imaginent même pas en rêve, que l’un d’eux se verra un jour confier les clefs de la Maison-Blanche. 

 

Stephen King - 22.11.63 - Lindy hop

 Lindy hop

Cependant, ce monde révolu de la fin des années 50 avait aussi une saveur incomparable. La bière racinette ne ressemblait à rien de connu, le Coca se versait en sirop à même le verre avec un peu d’eau de Seltz, et l’on pouvait dîner copieusement pour seulement 10 cents. Les voitures, quant à elles, arboraient des carrosseries rutilantes aux formes généreuses et l’on ne s’inquiétait guère encore de leur voracité. Pas de limitation de vitesse non plus sur les routes pour brider votre plaisir. Sans même parler des filles qui se prenaient toutes pour Kim Novak, grandes et saines, aux lèvres sensuelles et pulpeuses, avec de longues, très longues jambes gainées de bas jusqu’aux jarretières. Décidément oui, le passé avait aussi ses bons côtés.

 

Stephen King - 22.11.63 - Lee Harvey Oswald

Lee Harvey Oswald

Si le fil rouge de ce roman est sans aucun doute l’assassinat du président Kennedy, ne vous attendez pas à y découvrir des révélations sur le sujet. N’espérez pas non plus y lire les véritables motivations politiques du tueur, car le Lee Harvey Oswald décrit par Stephen King, n’est autre que le reflet fidèle du portrait qu’en a fait la Commission Warren.

Loin de la théorie du complot, ou de l’explication méthodique d’un fait qui a bouleversé le monde, le but de l’auteur est avant tout de nous dresser le tableau haut en couleur d’une époque à la croisée des chemins. 

 

Stephen King - 22.11.63 - La bibliothèque

La bibliothèque

A travers une histoire d’amour, rendue possible par les couloirs du temps mais contrariée par ce passé réfractaire au moindre changement, le roi King nous fait apprécier son style, fait d’une écriture simple à la fois visuelle et instinctive. Ce n’est pas pour rien qu’il a tant été adapté au cinéma. Aimer Stephen King, c’est avant tout accepter la part belle qu’il fait à ses personnages. On les aime, on les déteste, mais surtout ils n’ont rien de superficiel.

En acceptant de calquer vos pas sur ceux de notre héros, c’est un voyage en direction de l’inconnu que vous vous apprêtez à faire, car modifier le passé, c’est un pari incertain que l’on prend sur l’avenir. 

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 22:15

 

Chapeau Monsieur, chapeau Madame

Ou

La griffe des chapeliers

 

Se couvrir la tête n’a longtemps représenté qu’un geste empreint de symbole ou d’utilité : Rois, Pharaons, Papes ou tout détenteur de pouvoir possédaient des coiffes propres à leur rang. Le casque, par exemple, emblème historique de la tenue militaire, était aussi pour les soldats un outil protecteur.

Au fil des siècles les couvre-chefs se sont diversifiés et ont investi, peu à peu, et surtout à partir du XIXème siècle, le domaine de la mode. S’il continue de nos jours à permettre d’affirmer un rang social ou une appartenance à un clan, il est surtout devenu un accessoire et un moyen de mettre en valeur un visage.

Nous connaissons tous des personnes pour qui le chapeau est une évidence. Pour ma part, compte tenu de ma préférence pour les tenues décontractées, ce sont les casquettes de baseball qui ont ma faveur. Pour « Sally », le choix est plus large : Bibi à plume d’oie, jolie coiffe à voilette ou bien toque de soie ou béret sur la tête, tout lui va.

 

Chapeau borsalino - Alain Delon - Leonardo DiCaprio - Humph

Alain Delon - Leonardo DiCaprio - Humphrey Bogart

Le Borsalino

Chapeau borsalino

Le Borsalino

Il ne s’agit pas du nom d’un modèle, mais de celui d’une marque. Pourtant, célèbre dans le monde entier et à l’instar de « Frigidaire », son nom est utilisé à tort depuis les années 20 pour désigner tous les feutres mous ! Borsalino est une marque déposée, qui doit son nom au chapelier Giuseppe Borsalino qui le fabriqua pour la première fois en 1857. Plusieurs fois lauréats de concours tel que le « Grand prix » de l’exposition de Paris en 1900, il doit surtout sa renommée aux stars qui l’ont porté : Humphrey Bogart, Robert Redford et surtout, Alain Delon et Jean-Paul Belmondo, dans le film éponyme sorti en 1970. Mickaël Jackson et Johnny Depp en autres, ont continués à assoir sa popularité. 

 

Chapeau borsalino - Jean-Paul Belmondo & Alain Delon

Jean-Paul Belmondo & Alain Delon

Le chapeau cloche

Chapeau cloche

Le chapeau cloche

Apparu dans les années 20, il remplace dans la mode féminine les chapeaux volumineux et lourdement ornés. La mode « Garçonne » apparaît, libérant les mouvements de la femme. De forme ronde et rigide, il évolue ensuite vers diverses variantes, plus ou moins allongées, plus ou moins souples, à l’instar de ce modèle porté par Louise Brooks.

 

Chapeau cloche - Louise Brooks

Louise Brooks

Chapeau cloche - Bette Davis - Joan Blondel - Ann Dvorak

Bette Davis - Joan Blondel - Ann Dvorak

Chapeau canotier - Harold Lloyd - Maurice Chevalier - Buste

Harold Lloyd - Maurice Chevalier - Buster Keaton - Gene Kelly

Le canotier

Chapeau canotier

Le canotier

Chapeau d’été par excellence, il fut adopté à la fin du XVIIIème siècle par les adeptes du canotage. D’abord porté par les hommes, il était associé aux guinguettes, notamment grâce au tableau de Renoir « Le déjeuner des canotiers ». Dans les années 30, les femmes l’adoptèrent à leur tour pour pratiquer des activités sportives. Sa popularité doit aussi beaucoup à Maurice Chevalier et à don tube : « Le twist du canotier », en 1962.

 

Chapeau canotier - Fred Astaire

Fred Astaire

Chapeau canotier - Rita Hayworth - James Cagney

Rita Hayworth & James Cagney

Le chapeau melon

Chapeau melon

Le chapeau melon

Apparu pour la première fois sous le Second Empire, sa fabrication fut rendue possible, comme tous les chapeaux rigides, par l’invention du « Conformateur », instrument qui permit de faire du sur-mesure. Le melon est originaire d’Angleterre et doit son nom au chapelier Bowler (Melon en anglais), qui le popularisa. Entre 1890 et 1920, il était un symbole de respectabilité, et se portait de préférence avec un costume trois-pièces et éventuellement une canne.   

 

Chapeau melon - Patrick MacNee

Patrick MacNee

chapeau melon - Clark Gable

Clark Gable

Chapeau melon - Edward G. Robinson - George E. Stone

Edward G. Robinson & George E. Stone

La capeline

Chapeau capeline

La capeline

Probablement l’un des chapeaux les plus répandus ! Du simple chapeau de paille au XVIIIème siècle, il a su évoluer et devenir au XXème siècle, une valeur sûre de l’élégance. Ses larges bords protègent du soleil et des regards, et confère une part de mystère à celle qui le porte. Très photogénique, il fut utilisé dans de nombreux films, notamment en France dans « Les demoiselles de Rochefort », où les sœurs Dorléac en subliment la beauté. Il en existe de multiples versions, plus ou moins rigides, à bords plus ou moins larges.

 

Chapeau capeline - Haudrey Hepburn

Audrey Hepburn

Chapeau capeline - Ava Gardner

Ava Gardner

Chapeau capeline - Hedy Lamarr

Hedy Lamarr

Chapeaux Brigitte Bardot

Brigitte Bardot

Le panama et le béret

Chapeau panama

Le panama

Fabriqué à l’origine en fibre végétale de palmier, le panama est un chapeau très ancien, mais son succès mondial date du début du XXème siècle et de la percée du canal du même nom. Depuis son succès ne s’est jamais démenti, pour atteindre un chiffre record de 5 millions de modèles vendus dans le monde en 1977.

Le béret lui, est une coiffe très ancienne. Il est difficile de dater précisément son origine. Ce qui est certain, c’est que son histoire est liée à celle des Pyrénées, en particulier du Béarn… et nom du pays Basque ! Ce sont néanmoins les basques qui l’ont fait connaître et apprécier du monde entier. Il doit sa popularité en tant qu’accessoire féminin à la sortie du film « Bonnie and Clyde », en 1967.

 

Chapeau béret - Bonnie & Clyde

Faye Dunaway & Warren Beatty

Chapeau béret - Marlène Dietrich - George Raft

Marlène Dietrich & George Raft

Le haut-de-forme

Chapeau haut de forme

Le haut-de-forme

Il fut inventé par les gentilshommes de la campagne qui, grâce à cette calotte de soie haute et à petits bords, augmentèrent la hauteur du chapeau pour s’offrir une protection rudimentaire en cas de chute de cheval. Il devient, au début du XIXème siècle, un symbole de condition sociale : Il indique la richesse et le rang de celui qui le porte. Porté avec la redingote, la jaquette et la lavallière, son usage s’est réduit en même temps que celui de ces vêtements.

 

Chapeau haut de forme - Harry Langdon - Oliver Hardy

Harry Langdon & Oliver Hardy

Chapeau haut de forme - W.C. Fields

W.C. Fields

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