11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 13:11

 

Le combat des chefs

Ou

La folie des grandeurs

(Nicolas Gauthier)

 

C’est peu dire que le ton monte entre Washington et Pyongyang. D’un côté le président Kim Jong-un ; de l’autre, son homologue Donald Trump, au moins tout aussi foutraque et à la coiffure à peine plus surréaliste. Et comme d’habitude, l’habituelle machine médiatique qui se met en branle. Grâce à ses nouveaux missiles nucléaires, la Corée du Nord pourrait frapper la puissante Amérique – voire même la France, tant qu’à faire. La guerre est-elle pour demain ? Heureusement que le camp du Bien veille au grain, les États-Unis n’étant pas les gendarmes du monde pour rien, évoquant une possible opération militaire après avoir menacé le Venezuela de ses foudres. En attendant un prochain blocus maritime sur les côtes monégasques ?

 

A qui le tour ?

 

On notera que ce sont les mêmes qui assuraient en 2003 que, fort de ses fameuses armes de destruction massive, le défunt Saddam Hussein était en mesure d’atomiser New York… Un président irakien dont la mort n’en finit d’ailleurs plus de hanter certains dirigeants n’ayant pas l’heur de plaire à la Maison-Blanche. Lesquels se disent, non sans raison, que si l’Irak, voire même la Libye, avaient possédé l’arme nucléaire, leurs territoires auraient été de fait sanctuarisés et préservés de l’invasion des armées occidentales, ce, avec les brillants résultats qu’on sait.

Le gouvernement nord-coréen ne veut rien de plus. Il n’a pas de visées expansionnistes, mais entend juste sauvegarder le régime en place. Quoi qu’on puisse penser de ce dernier et de ses méthodes, il n’est pas sorti de nulle part. C’est un enfant de la guerre froide et de ses quatre millions de morts, lors de la guerre l’ayant opposé à la Corée, de 1950 à 1953. Son marxisme-léninisme n’est en fait que de façade, le système institué par Kim Il-sung étant fondé sur le « juche », doctrine mêlant culte de la personnalité, autarcie économique, hyper-nationalisme et mystique racialiste. Donc, le réduire à un simple régime de fous sanguinaires et de dinosaures staliniens n’a pas grand sens.

 

 

Si Donald Trump ne le comprend pas ou fait semblant de ne pas le comprendre, tel n’est pas le cas des deux autres puissances majeures de la région, la Chine et la Russie. Pour la première, la Corée du Nord, allié turbulent et pas toujours contrôlable, lui donne une précieuse profondeur territoriale. La seconde, forte d’une longue frontière commune avec le pays de Kim Jong-un, ne peut tolérer que son flanc sud puisse être déstabilisé par un conflit aux conséquences imprévisibles. De longue date, Moscou et Pékin sont en parfaite entente sur la question.

C’est d’ailleurs de Chine, à l’occasion d’un sommet du BRICS (organisation des puissances émergentes que sont le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud), que le président Vladimir Poutine a tenté de ramener les États-Unis à un minimum de bon sens : « S’engager dans une hystérie militaire n’a aucun sens, c’est un chemin qui mène à l’impasse. » Quant aux sanctions économiques, huitième plan en la matière prévu par Washington ? « Le recours à n’importe quelles sanctions, dans ce cas, est inutile et inefficace », a souligné le maître du Kremlin. Et Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie, d’appeler son homologue américain à « l’utilisation de moyens politiques et diplomatiques », le pressant au passage « de ne pas céder aux émotions et de garder sa retenue ».

 

 

Un discours à méditer, surtout quand Nikky Haley, ambassadrice des États-Unis à l’ONU, issue des rangs du Tea Party et protégée de Sarah Palin, toutes personnes connues pour leur finesse en matière de géopolitique, prévient : « Les dirigeants iraniens veulent utiliser l’accord nucléaire pour prendre le monde en otage. […] Si l’on continue à dire que l’on s’en occupera plus tard, nous allons avoir affaire à la prochaine Corée du Nord. » Après Pyongyang et Caracas, l’année prochaine à Téhéran ?

Il est décidément bien loin, le temps des Henry Kissinger… Au fait, à propos de prolifération nucléaire, on n’a guère entendu le Département d’État américain s’alarmer de la prolifération nucléaire en Inde et au Pakistan, pays en guerre plus ou moins ouverte depuis 1947. Mais il est vrai qu’Islamabad est un allié de Washington, même s’il arme et finance les talibans afghans depuis plusieurs décennies… Cet univers serait-il un brin trop complexe pour notre cher Donald, cet Oncle Picsou qui se prend aujourd’hui pour le général MacArthur ?

 

 

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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 17:21

 

C’est la fête au cochon

Ou

Le délit de sale groin

(Egalité & Réconciliation)

 

 

Mardi 5 septembre 2017, la municipalité d’Hayange (Moselle) organise la Fête du Cochon. Fabien Engelmann, le maire FN, suite à cette petite provocation politico-alimentaire, jugée « discriminatoire » par les médias mainstream (les juifs et les musulmans pratiquants ne mangeant pas de cochon), a reçu des coups de partout : et des médias, qui hurlent presque à l’antisémitisme (l’islamophobie n’en est que le faux nez), et des associations de défense animale, qui ont chargé la mule avec des pancartes « Ni racisme ni spécisme ».

En face, les 1 000 participants à la fête ont mangé du cochon sous toutes ses formes, pâtés, grillades et jambons, tout en faisant de ce repas une affaire politique, une sorte de résistance par la tradition.

Fabien Engelmann a été arrosé de faux sang par les 30 militants anti-spécistes (c’est comme ça qu’il faut les appeler), la police les a évacués, et les fêtards ont scandé « on est chez nous ». On n’est pas à Charlottesville mais ce n’est pas loin. Heureusement, les confrontations politiques sont en France un peu moins violentes qu’aux USA.

Pour ne pas faire les faux jetons et laisser le sujet en plan, il est certes difficile à un juif ou un musulman français de se sustenter au milieu de ces étals et de cette exhibition cochonesque. Inversement, les Français qui ne sont ni juifs ni musulmans, qu’ils soient chrétiens ou pas, vont rarement acheter de la viande dans des boucheries halal ou cacher, et personne ne trouve à y redire. À chacun ses petites traditions culinaires, tant que ça ne fait de mal à personne.

Ce qui change la donne, c’est évidemment l’organisation par un parti nationaliste et anti-immigration de masse d’un tel événement. C’est un message à caractère identitaire que le FN envoie. Il est reçu 5 sur 5, et les réponses n’ont pas tardé. Attention, car nous voilà pris dans une ingénierie séparatiste.

On propose, dans un but de réconciliation nationale – mais dans le domaine de la table, ou de la boustifaille – que la prochaine fête soit consacrée au poulet. On a pensé au bœuf, mais c’est peut-être un peu cher pour toutes les bourses, sachant que ces raouts sont généralement fréquentés par un public populaire. On n’imagine pas Gattaz ou Attali venir grignoter une joue de cochon un verre de pinard à la main en serrant des louches de pauvres.

Arte vient de diffuser un documentaire sur le « vrai coût de la viande pas chère », consacré au cochon en Allemagne. La question devient moins politique, et beaucoup plus économique. Là encore, notre avis est de manger moins de viande industrielle, porc ou poulet, mais de meilleure qualité. Car derrière un morceau de viande, il y a une filière, et au bout, c’est à vous de choisir : la multinationale ou l’artisan.

Et pour ce qui concerne la cause animale, on a bien conscience que la vie de 10 000 porcelets dans une usine qui ressemble à un camp de concentration n’est pas géniale. Du point de vue des animaux, et des hommes qui voient ça. Voilà pourquoi notre proposition à la fois réconciliatrice et artisanale a du sens. C’est pragmatique, ça évite les confrontations communautaires, et ça permet aux fabricants de qualité de survivre.

Que demande le peuple ?

De bien manger et de vivre en paix. C’est déjà pas mal.

 

 

Au feu les pompiers

Ou

Le barbecue enflamme la toile

(Henri d'Aramis)

 

En Angleterre, des pompiers ont simplement fait leur boulot en sauvant, il y a quelques mois, la production d’un éleveur de cochons. Pour les remercier, l’agriculteur a décidé de leur envoyer un chapelet de saucisses desdits cochons que les soldats du feu ont mangés au barbecue.

Et là, c’est le drame ! Comment ont-ils osé dévorer les pauvres petites bêtes ? La Toile s’affole, les médias eux-mêmes en parlent… Les monstres !

Et voilà où nous mène toute l’ambiguïté du statut de l’animal entre chose et « être doué de sensibilité » : on flotte tranquillement sur la frontière entre le meurtre et la production… Avec la folie vegan, aujourd’hui, manger un animal devient ni plus ni moins qu’une forme de cannibalisme. D’ailleurs, l’argument phare est bien : « Vous mangez un cadavre. » Si bien que sauver les cochons de la ferme en flammes revient à sauver des personnes à part entière.

Sauf que non, les pompiers n’ont pas sauvé des cochons, mais une production. C’est-à-dire qu’ils ont sauvé le moyen de subsistance de cet être vulgaire qu’est l’agriculteur. En canon, toute la Toile n’hésite pas à dire que ça valait bien le coup de les sauver pour les tuer six mois plus tard. Bien évidemment, les internautes n’hésitent pas à prendre le point de vue du cochon (ce qui ne m’étonne guère entre nous) au lieu de comprendre que l’agriculteur a donné en cadeau une partie de sa production pour remercier les pompiers de l’avoir sauvée… Ainsi, ce n’est pas Babe qu’ils ont sauvé mais la possibilité pour l’agriculteur de vendre le fruit de son travail.

20 Minutes, grand journal s’il en est, n’a pas hésité à dire que les pompiers avaient manqué de tact en publiant la photo du barbecue… Manquer de tact pour avoir fait un gueuleton ?

C’est amusant de voir comment nous inversons les valeurs : aujourd’hui, manger un cochon équivaut à un meurtre de sang-froid, mais à côté de ça, l’agriculteur mériterait le bûcher parce qu’il vit de leur exploitation…

Les pompiers eux-mêmes se sont excusés (ils n’auraient pas dû) en affirmant qu’ils avaient pu « offenser des gens ». On ne peut qu’être surpris : la maman cochon a porté plainte ? Elle a subi un préjudice ? Jean-Dylan, derrière son PC, devant son assiette de boulgour et son iPhone dernier cri, est offensé qu’un cochon soit mort à 1.000 kilomètres de chez lui ?

Toute cette histoire n’a aucun sens. À vouloir donner une personnalité aux animaux alors que, à ce que je sache, ils n’ont pas réussi à théoriser sur le concept de mort, de vie, de naissance, de souffrance (et même de personnalité, justement), on se retrouve avec des chasses aux sorcières idiotes qui visent des non-événements.

Quand même, que les médias réfléchissent deux minutes : ils ergotent depuis deux jours sur le fait que des pompiers ont mangé des saucisses. Et moi, obligé de prendre la plume pour défendre des gars normaux qui mangent, comme des millions de personnes en cette saison, autour du barbeuc ! Un nouveau faux débat qui ruine l’intellect de l’Occident… Manque de protéines, sans doute !

 

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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 14:57

 

Qui menace qui ?

Ou

Quand le violeur joue la vierge effarouchée

(Felicity Arbuthnot)

 

 

« (…) la guerre en notre temps est toujours aveugle, c’est une guerre contre des innocents, une guerre contre des enfants. » (Howard Zinn, 1922-2010.)

« Toute guerre est un échec de la diplomatie. » (Tony Benn, député, 1925-2014.)

« Aucun pays n’est trop pauvre, trop petit, trop loin pour constituer une menace à la manière de vivre américaine. » (William Blum, « L’État voyou »)

 

 

La mention même d’un pays minuscule a de quoi soulever des interrogations sur la lucidité et le bon sens de ceux qui devraient être beaucoup plus avisés. Le dimanche 6 août, par exemple, The Guardian a publié un éditorial ayant pour titre : Les sanctions vues par The Guardian : un outil essentiel. De toute évidence, les cinq mille âmes par mois, des enfants pour la plupart, qui meurent en moyenne « des suites de l’embargo » en Irak, année après année, véritable génocide commis au nom de l’ONU depuis plus d’une décennie, ont depuis longtemps sombré dans l’oubli pour le journal de gauche.

La cible du jour est évidemment la Corée du Nord, contre qui le Conseil de sécurité des Nations Unies a unanimement décidé de geler, d’étrangler et de nier l’essentiel, la normalité, l’humanité. La diplomatie, comme toujours, n’a même pas été envisagée. Ce qui n’a pas empêché The Guardian, chose incroyable, de qualifier les sanctions destructrice de « rare triomphe de la diplomatie » (The Guardian, 6 août 2017)

Le secrétaire d’État des USA, Rex Tillerson, « diplomate en chef » de ce pays, et son homologue nord-coréen, Ri Yong-ho, devaient se rendre à la réunion ministérielle annuelle de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) à Manille le 5 août. Selon un porte-parole du département d’État :

« Le secrétaire n’a pas prévu de rencontrer le ministère des Affaires étrangères de la Corée du Nord à Manille et je ne m’attends pas à ce qu’il y ait une telle rencontre. »

Pathétique. En avril, à l’approche de sa centième journée à la présidence, Trump a dit à propos de la Corée du Nord :

« Je serais ravi de régler les choses par voie diplomatique, mais c’est très difficile. »

Ce ne l’est pas. Parlez, mettez-vous à la place de l’autre. Ils se sont donc retrouvés au même endroit, mais l’administration Trump ne se contente pas de multiplier les occasions manquées, elle les enfouit délibérément dans une décharge à des kilomètres de profondeur, et ce, malgré ces paroles dites dans la même déclaration :

« Les choses pourraient finir par un conflit majeur, majeur oui, avec la Corée du Nord. Tout à fait. »

 

 

Mettons les choses en perspective. Le 27 juillet 2017 marquait le 64e anniversaire de l’accord d’armistice ayant mis fin à trois ans de guerre dévastatrice en Corée. Cependant, il n’y a jamais eu de traité de paix, ce qui fait que techniquement, la guerre de Corée ne s’est jamais terminée. Comme les USA aiment bien décimer des pays dont la population est faible et qui ne présentent aucun danger pour eux (l’Afghanistan, l’Irak et la Libye sont des exemples récents), il ne faut donc pas s’étonner que la Corée du Nord cherche à donner l’impression qu’elle dispose d’un dispositif de protection à toute épreuve derrière son entrée principale, pour ainsi dire.

Le minuscule pays qu’est la Corée du Nord compte à peine 25,37 millions d’habitants sur un territoire de 120 540 de km². Les USA comptent 323,1 millions d’habitants sur un territoire de 9,834 millions de km². De plus, depuis 1945, on présume que les USA ont fabriqué quelque 70 000 armes nucléaires, un nombre maintenant réduit à « à peine » 7 000. Mais c’est la Corée du Nord qui représente une menace ?

Les USA possèdent 15 bases militaires en Corée du Sud (elle en a déjà compté pas moins de 54) bourrées de toutes sortes d’armes de destruction massive. Deux bases sont situées juste à la frontière avec la Corée du Nord, une troisième se trouvant à proximité. [1]

L’horreur causée par les USA pendant le conflit de trois ans sur un pays qui comptait alors à peine 9,6 millions d’âmes est encore bien présente dans la mémoire collective de la Corée du Nord. Le général étasunien Curtis Lemay avait par la suite déclaré ceci :

« Après avoir détruit 78 villes de la Corée du Nord et des milliers de villages, et tué un nombre incalculable de civils (…) Sur une période d’environ trois ans, nous avons tué, je dirais, 20 % de la population. »

« Nous croyons maintenant qu’au nord du 38e parallèle, la population de 8 à 9 millions d’habitants qui y vivait a été décimée de près du tiers durant les 37 mois de guerre « chaude » entre 1950 et 1953, ce qui constitue sans doute un pourcentage de mortalité sans précédent subi par un pays dû à la belligérance d’un autre. » [2]

 

 

Mise en contexte :

« Durant la Deuxième Guerre mondiale, le Royaume-Uni a perdu 0,94 % de sa population, la France 1,35 %, la Chine 1,89 % et les USA 0,32 %. Durant la guerre de Corée, la Corée du Nord a perdu 30 % de sa population. »

« Nous sommes allés là-bas faire la guerre, et fini par incendier chaque ville de la Corée du Nord, d’une façon ou d’une autre », s’est vanté Lemay.

Le général Douglas MacArthur a dit lors d’une audience au Congrès en 1951 qu’il n’avait jamais vu pareille dévastation.

« Je tressaille d’une horreur sans nom (…) devant ce massacre continuel d’hommes en Corée. J’y ai vu là, je crois, plus de sang et d’effroi que quiconque, ce qui m’a noué l’estomac la dernière fois que j’y étais. » (CNN, 28 juillet 2017)

Tout horrifié qu’il était, il a cependant omis de mentionner les femmes, les enfants et les bébés qui ont été incinérés du même coup.

En outre, comme Robert M. Neer l’écrivait dans Napalm, an American Biography :

« En janvier 1951, l’officier Townsend, qui était chargé des produits chimiques, a écrit que « pratiquement chaque avion de combat US survolant la Corée transportait au moins deux bombes au napalm ». Environ 21 000 gallons de napalm étaient déversés chaque jour sur la Corée en 1950. Quand les combats se sont intensifiés après l’intervention chinoise, cette quantité a plus que triplé (…), en tout, 32 357 tonnes de napalm sont tombées sur la Corée, soit environ le double de ce que le Japon a subi en 1945. Les alliés ont non seulement largué plus de bombes en Corée que dans le Pacifique pendant la Deuxième Guerre mondiale (635 000 tonnes contre 503 000 tonnes), mais la majorité d’entre elles contenait du napalm (…). »

Dans la capitale nord-coréenne, Pyongyang, on a rapporté que seulement deux immeubles restaient encore debout.

Le bellicisme des USA est une histoire sans fin. La Corée du Nord est probablement le pays qu’ils ont attaqué dont la population était la plus faible avant qu’ils s’en prennent à la Grenade en octobre 1983, qui comptait alors 91 000 habitants (nom de code idiot immanquable : « Operation Urgent Fury »).

La Corée du Nord, un pays en ruine depuis l’armistice signé il y a 65 ans, ne cesse de se faire narguer par les USA depuis. Comme toujours, l’administration étasunienne, ce « chef de file du monde libre » autoproclamé, se considère comme la victime.

 

 

Ce mois-ci, d’« immenses manœuvres militaires sur terre, sur mer et dans les airs » regroupant des « dizaines de milliers de forces armées » des USA et de la Corée du Sud ont commencé le 21 août pour se terminer le 31.

« Par le passé, on dit que les manœuvres comprenaient des « frappes de décapitation », c’est-à-dire des opérations pilotes de tentatives d’assassinat de Kim Jong-un et de ses principaux généraux (…) », selon The Guardian (11 août 2017).

Le nom de code idiot immanquable de cette absurdité dangereuse, belliciste, onéreuse et menaçante est « Ulchi-Freedom Guardian ». Elle se répète chaque année depuis son lancement en 1976.

Les bombardiers B-1B en provenance de Guam ont récemment effectué des manœuvres en Corée du Sud et « mis en pratique leur capacité d’attaque en libérant des armes inertes sur le site d’entraînement de Pilsung. » Faisant preuve de nouveaux actes de provocation (illégaux), des bombardiers US auraient encore survolé la Corée du Nord, ce qui s’ajoute à bien d’autres actes d’intimidation et de menace, qui seraient au nombre de onze depuis mai de cette année.

Malgré tout cela, la Corée du Nord demeure « l’agresseur » :

« Les ogives nucléaires des États-Unis d’Amérique sont entreposées à 21 endroits, notamment dans 13 États des USA et 5 pays européens (…), certains à bord de sous-marins étasuniens. Il existe aussi des ogives nucléaires « zombies », qui sont gardées en réserve, dont 3 000 attendent encore d’être démantelées. (Les USA) étendent aussi leur « parapluie nucléaire » à d’autres pays comme la Corée du Sud, le Japon et l’Australie. » (worldatlas.com)

Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergey Lavrov, qui était présent aussi à la réunion de l’ANASE à Manille, a fait bien sûr ce qu’un diplomate digne de ce nom doit faire en s’entretenant avec Ri Yong-ho, son homologue de la Corée du Nord. Un observateur de Fort Russ News a résumé l’opinion du ministre Lavrov :

« La péninsule coréenne est en état de crise non seulement en raison des menaces constantes des USA à l’endroit de la Corée du Nord, mais aussi à cause de divers actes de provocation, comme les manœuvres militaires conjointes auxquelles se livrent Washington et Séoul dans un climat de tension, et que Pyongyang considère comme une menace à sa sécurité nationale. »

Les « actes de provocation » comprennent aussi le survol menaçant de l’espace aérien nord-coréen par des avions étasuniens en provenance de Guam. Cependant, lorsque la Corée du Nord a déclaré que si les choses continuaient ainsi, elle songeait à lancer des missiles dans l’océan près de Guam (et non pas à bombarder Guam comme l’ont rapporté certains hystériques), l’agent Orange qui se pointe de temps à autre à la Maison-Blanche entre deux rondes de golf et qui ne nomme pas le bon pays contre lequel il vient de larguer 59 missiles de croisière Tomahawk pendant qu’il mange du gâteau au chocolat a répondu que la petite Corée du Nord allait subir « (…) du feu et de la fureur comme le monde ne l’a encore jamais vu ».

 

 

On a à peine remarqué que la Corée du Nord, en réponse à ce coup de semonce, a tenu des propos assez raisonnables :

(Les USA) « devraient cesser immédiatement leur provocation militaire téméraire à l’endroit de la RPDC, avant qu’elle n’ait d’autres choix que de recourir à une solution militaire. » [3]

Comme Cheryl Rofer (voir note 3) l’a souligné, au lieu de constamment proférer des menaces, la diplomatie étasunienne pourrait suivre bien d’autres voies :

« Nous aurions pu transmettre un message à la Corée du Nord par l’entremise des Canadiens qui s’y sont rendus pour libérer un de leurs concitoyens. Nous pourrions transmettre un message par l’entremise de l’ambassade suédoise en Corée du Nord, qui représente souvent les intérêts des USA. Nous aurions pu prendre des moyens diplomatiques dont la Chine aurait assuré la direction. Les possibilités ne manquent pas, qui auraient permis de démontrer à la Corée du Nord que nous sommes prêts à renoncer aux pratiques qui l’effraient, si elle est prête à renoncer à certaines de ses actions. Le programme nucléaire serait exclu pour le moment, mais la porte resterait ouverte pour plus tard. »

Il y a en tout 24 missions diplomatiques présentes en Corée du Nord, à qui les USA pourraient s’adresser pour communiquer. Trump pourrait aussi se comporter comme un adulte et prendre le téléphone.

Siegfried Hecker est le dernier représentant étasunien connu à avoir inspecté les installations nucléaires nord-coréennes. Il affirme que s’en prendre à Kim Jong-un comme s’il était sur le point d’attaquer les USA est à la fois inexact et dangereux :

« Certains aiment dépeindre Kim comme un fou, un dément, ce qui amène la population à croire que le gars est prêt à tout. Il n’est pas fou, ni suicidaire. Il n’est même pas imprévisible. La véritable menace, c’est que nous allons trébucher sur une guerre nucléaire dans la péninsule coréenne. » [4]

Trump a proféré sa menace « de feu et de fureur » la veille de la commémoration de 60 secondes de l’attaque nucléaire des USA sur Nagasaki, une ironie nauséabonde qu’il n’a sans doute pas remarquée.

Des adultes vont-ils diriger le Capitole avant qu’il ne soit trop tard ?

 

Pyongyang avant et après la guerre, 1953

 

Notes

[1] https://militarybases.com/south-korea/

[2] http://www.globalresearch.ca/know-the-facts-north-korea-lost-close-to-30-of-its-population-as-a-result-of-us- bombings-in-the-1950s/22131

[3] https://nucleardiner.wordpress.com/2017/08/11/north-korea-reaches-out/

[4] https://www.commondreams.org/news/2017/08/08/sane-voices-urge-diplomacy-after-lunatic-trump-threatens-fire-and-fury

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