16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 17:41

 

La révolution d'un siècle

Ou

Good morning Rock & Roll

Entretien

(Jean Talabot avec Jean-Pierre Danel)

 

 

Il y a quarante ans, le 16 août 1977, le « King » s'éteignait, laissant le rock'n'roll endeuillé de son plus grand pionnier. Le guitariste, producteur et historien du rock Jean-Pierre Danel lui a consacré deux ouvrages. Il nous explique ici la révolution culturelle qu'a provoquée le chanteur de Jailhouse Rock.

Quarante ans après la mort du « King », le 16 août 1977 à l'âge de 42 ans, l'Amérique célèbre toujours Elvis Presley. Avec plus d'un milliard d'albums écoulés, Elvis est considéré comme l'artiste ayant le plus vendu de disques de l'histoire de la musique et en 2016, il se classait encore 4e des célébrités mortes produisant le plus de revenus, selon le magazine Forbes avec un million d'albums écoulés cette année-là pour 27 millions de dollars rapportés.

Jean-Pierre Danel, guitariste, producteur et historien du rock, a consacré deux ouvrages à cette figure emblématique du rock'n'roll: Elvis Presley intime: L'icône perdue (éditions Contre-Dires), paru en 2013 et La Légende du King: Elvis Presley (chez Courcelles Publishing), publié trois ans plus tôt. Il nous explique comment « Elvis » a provoqué une révolution culturelle sans précédent.

 

 

Des dizaines de livres ont été publiés sur Elvis. Pourtant, vous en avez écrit deux. Y a-t-il encore quelque chose à apprendre du « King » ?

Tout a été dit en effet, et, contrairement à ce que l'on pense, sa vie n'a plus de zones d'ombre pour les spécialistes ou le grand public. Mais je pense qu'il faut sans cesse réactualiser le sujet, remettre le mythe en circulation, notamment pour que les jeunes générations n'oublient pas ce qu'il a apporté et le phénomène culturel qu'il a été.

Avant d'être le roi du rock, Elvis s'est voulu un artiste pour la jeunesse ?

Bien sûr! Jusqu'à son premier album en 1954, les jeunes écoutaient encore les idoles de leurs parents, comme Franck Sinatra. Il n'y avait alors pas « d'artiste jeune pour les jeunes ». Lui a été le premier à porter leur voix et leurs aspirations de liberté, de libération face à tous les carcans sociétaux de l'époque. On ne pouvait pas passer de Sinatra aux Doors en un claquement de doigt! Lui l'a fait. Il y a une Amérique avant et après Elvis. La jeunesse, en se découvrant un porte-étendard, a commencé à exister avec lui.

 

 

Comment a-t-il concilié la « musique noire » et la « musique blanche », encore très distinctes dans les fifties ?

Il s'est emparé de la musique dite « noire », alors qu'on était encore en pleine ségrégation. Il adorait le gospel, et il s'est distingué en jouant du blues et du rhythm ‘n' blues. À l'époque, les blacks jouaient pour les blacks, et les blancs pour les blancs. Lui a cassé tout ça, ce qui lui a posé beaucoup de problèmes, certains blancs lui reprochant de jouer une autre musique, et les blacks, de s'approprier la leur. Mais je pense qu'Elvis a même joué un rôle social sur l'apartheid, tant son influence culturelle a été forte. Il est allé jusqu'à permettre la reconnaissance de la « musique noire », et l'explosion de mecs comme Chuck Berry ou Little Richard. Quand on vend 800 millions de disques, l'industrie musicale est forcée de s'intéresser à la musique noire!

Dès lors, peut-on le considérer comme le « premier rockeur » ?

Techniquement, non. Il y avait déjà des mecs qui jouaient ce qu'il est convenu d'appeler du « rock'n'roll », comme Ike Turner. Mais ces artistes n'étaient reconnus qu'à un niveau local. Elvis, lui, fut le premier à incarner le rock'n'roll sur la scène internationale! Bien qu'il ait conservé les accords du blues - qui sont restés les mêmes dans le rock - tout ce qu'il incarnait était nouveau. Ses chansons ont apporté, tout d'un coup, une musique bien plus rythmée que d'habitude. Il est devenu le catalyseur d'une musique qui fait du bruit. On ne s'en rend pas compte, mais pour les années 50, son arrivée correspond au débarquement fracassant des punks dans le rock anglais, bien des années plus tard! Une révolution qui est en partie due au fait que son premier album coïncide avec l'arrivée sur le marché des guitares telecaster et stratocaster de Fender. Dès lors, les musiciens - qui utilisaient auparavant des guitares de jazz creuses et « fragiles » - ont pu jouer plus fort, sans crainte du larsen (phénomène de rétroaction acoustique provoquant un bruit désagréable). Et puis il ne faut pas oublier qu'il avait surtout une voix extraordinaire, unique, qu'il était simplement un grand chanteur, avec beaucoup de talent.

 

 

Sa conduite sur scène a également beaucoup joué...

Plus qu'on ne le croit. Il a apporté ses fameux déhanchements, très suggestifs, voire sexuels, sur scène. Cela a été considéré comme une attitude extrêmement provocante à l'époque. Jusqu'en 1956 à la télévision, il était cadré jusqu'au niveau de la ceinture, pas plus bas! Durant ses concerts, un car de policiers le surveillait, prêt à l'embarquer au moindre faux pas. Les programmateurs de radio, surtout dans le sud des États-Unis, voyaient en lui la musique du diable, et voulaient l'interdire. Mais il a été tellement censuré que, paradoxalement, il a suscité l'adoration de toute une frange de la population.

Jusqu'à devenir, malgré lui, un phénomène culturel mondial, dépassant toutes les frontières...

Il y a eu trois phénomènes extraordinaires au XXe siècle, qui ont largement dépassé le stade de la musique: Elvis, les Beatles et Mickael Jackson. Et Elvis fut le premier. D'abord, il était beau gosse et plaisait aux filles. Les mecs voulaient donc lui ressembler. Il est devenu un phénomène de mode. De la coupe de cheveux des mômes, à la gomina, aux blousons en cuir et aux motos, tout vient de lui. C'était un exemple, même ses déhanchements sous-entendaient la libération sexuelle pour la jeunesse! Un de ses amis rapporte qu'un jour, alors qu'il se tenait la tête dans les mains, assis au bord de son lit, il eut ses paroles: « Il doit bien y avoir une raison pour laquelle j'ai été choisi pour être Elvis Presley... » On n'imagine pas à quel point il a redessiné l'Amérique. Toutes les théories du complot ridicules sur sa mort démontrent bien l'impact qu'il a pu avoir. Certains pensent qu'il était le fils du Christ, et qu'il a été enlevé par des extraterrestres!

 

 

Sa vie, pourtant, n'était pas si « sex, drugs and rock'n'roll » ?

Non, sa vie était plutôt morne. Il a connu des frustrations dans sa vie privée et artistique, et a énormément souffert de sa célébrité. Rendez-vous compte, il y avait de son vivant un boulevard Elvis Presley en face de chez lui! Or, « The King » était quelqu'un de calme. C'était un romantique plus qu'une bête de sexe. Il a eu un problème avec les médicaments et non avec les drogues. Mais sa mort a eu un côté « tragédie grecque », et a apporté le côté mythologique que détient toute légende.

Que reste-t-il d'Elvis Presley aujourd'hui ?

C'est très dur à dire, tant son héritage musical s'est dilué au cours des ans. On ne peut pas dire que U2 a été influencé par Elvis. Mais l'on peut dire que U2 a été influencé par les Beatles qui ont eux-mêmes suivi Elvis. Scéniquement, il a créé le statut de la rock star: regardez les costumes de Morrison ou les pas de dance de Mick Jagger! Je dirais que l'ADN du King est présent dans tous les albums de pop/rock et même de punks qui sont depuis sortis. Il a marqué le siècle, jusqu'à dépasser les frontières du rock et devenir plus globalement un emblème de l'Amérique, ce pays qui au départ l'avait considéré comme inacceptable...

 

 

 

 

 

11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 16:23

 

Journalisme d’investigation

Ou

Comment couper les œufs en quatre

(Marie Delarue)

 

 

Le journaliste, tremblant, remonte les allées du supermarché le micro à la main. Il frissonne. Ce n’est pas le froid des réfrigérants qui lui donne la chair de poule, non, c’est la peur !

En ces journées estivales et néanmoins maussades, le chaland se fait rare.

Enfin, notre reporter d’une « chaîne d’info en continu » (sic) aperçoit madame Michut. Il se jette sur elle avant qu’elle ne s’échappe et lui tend son crachoir comme un clochard son gobelet : « Dites-nous, Madame, allez-vous quand même acheter des œufs ? »

– Ah ben… je sais pas… qu’elle dit (elle n’avait pas prévu d’œufs coque au menu).

– Et le fipronil, vous en pensez quoi ?

– Ah forcément, hein, ça fait peur…

– Vous le voyez, devant ce nouveau scandale sanitaire, la France retient son souffle. C’était Machin pour… (France Info, LCI, BFM TV, au choix).

Ses deux collègues, les pingouins en studio, ont enfilé la tenue sombre. C’est que l’heure est grave. Ils passent en boucle, incrustées dans la lucarne, des images angoissantes : des tonnes d’œufs qui partent à la benne, des poules en batterie au milieu desquelles marchent des hommes en combinaison verte, charlotte et sur-chaussures comme au bloc opératoire…

 

 

Les pingouins gloussent. Remplaçants du mois d’août, ils tiennent là le sujet qui pourrait leur ouvrir les portes de la gloire : les œufs au fipronil, la psychose alimentaire de l’été ! Enfin de quoi sortir des plages qui mouillent, de la canicule qui chauffe, de la sécheresse qui assoiffe et des incendies qui brûlent !

Le type même du non-événement, donc, quoi qu’en disent les titres alarmistes sur « le scandale du fipronil ». Ainsi France24 qui écrit sur son site : « Des œufs aux plats (sic) : quels sont les risques de contamination par le fipronil », « un pesticide potentiellement dangereux pour l’homme détecté dans des dizaines de millions d’œufs en Europe a atteint la France, mardi 8 août ». La peur s’installe : « Les supermarchés les ont retirés de leurs étals, leur vente a été stoppée et environ 180 élevages de poulets ont été mis à l’arrêt aux Pays-Bas. » Mais il y a pire encore : « La France pourrait inaugurer la seconde étape de l’affaire. Les pâtes, plats cuisinés, certains desserts ou sauces, telles que la mayonnaise, héritent du fipronil contenu dans l’œuf contaminé qui a servi à leur fabrication. »

Sauf qu’en fin de papier, là où le lecteur ordinaire passe généralement à autre chose, on trouve cet intertitre : « Danger plutôt faible. »

Plutôt, en effet.

Concrètement : les œufs « contaminés » analysés aux Pays-Bas contiennent 0,30 mg de fipronil par kilo. Chaque œuf pesant en moyenne 50 g, il contient au pire 15 microgrammes de cet insecticide destiné à détruire les poux rouges et autres mignons parasites, et dont la toxicité pour l’humain est très hypothétique. Il faut donc avaler 20 œufs d’un coup pour atteindre le seuil de 0,30 mg/kilo, fixé par des fonctionnaires de Bruxelles qui, certainement, se bouffent des omelettes gigantesques tous les matins au petit déjeuner.

Déjà « des dizaines de millions d’œufs ont été retirés de la vente en Europe », en attendant sans doute qu’on balance à la benne des tonnes de pâtes, plats cuisinés, mayonnaise, gâteaux, etc.

Il y a plus grave que le fipronil : c’est la connerie. Et elle est contagieuse.

Published by Willow - dans Divers
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8 août 2017 2 08 /08 /août /2017 19:25

 

Kenny Neal

Hoodoo moon

1994

 

 

           

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