20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 19:27

 

La Russie, notre allié le plus naturel

Entretien

(Nicolas Gauthier avec Alain de Benoist)

 

Xi Jinping - Vladimir Poutine - Hassan Rohani

 

Depuis quelques semaines, on assiste au grand retour de la Russie sur la scène internationale. Ce qui ne fait apparemment pas plaisir à tout le monde. Est-ce un pas vers le monde multipolaire à venir ?

La déclaration de guerre de la Russie à Daesh est un fait de première grandeur. En s’imposant comme un acteur incontournable dans la question syrienne, elle prend de court les États-Unis et leurs alliés. Par son réalisme, son sens géopolitique, son intelligence stratégique, Vladimir Poutine confirme ainsi le statut de puissance internationale de la Russie. Mieux encore : il est en train de constituer, avec l’Iran, la Chine et d’autres pays émergents, un bloc eurasiatique qui bouleverse toute la donne géostratégique. L’OTAN doit désormais compter avec l’Organisation de coopération de Shanghai. C’est en effet un pas vers l’émergence d’un monde multipolaire, c’est-à-dire un rééquilibrage des rapports de force dans le monde.

 

Organisation de coopération de Shanghai

N. Nazarbaïev (Kazakhstan) - A. Atambaev (Kirghizistan) - I. Karimov (Ouzbékistan)

E. Rahmon (Tadjikistan) - V. Poutine (Russie) - Xi Jinping (Chine)

 

On verra dans les prochaines semaines comment évolue la situation sur le terrain. Mais on voit bien dès maintenant que, contrairement à la France, qui ne fait que des frappes homéopathiques, et aux États-Unis, qui font la guerre sans intention de la gagner, le Kremlin a engagé tous les moyens nécessaires. Poutine, dont la presse occidentale disait sans rire il y a encore trois mois qu’il s’apprêtait à « lâcher le régime syrien », a obtenu le feu vert de son Parlement et s’est assuré du soutien des vingt millions de musulmans que compte son pays. Contrairement aux Américains et à leurs alliés, il intervient conformément au droit international, avec l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU et à la demande des Syriens. Et il le fait pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’il est impensable pour lui de laisser les islamistes de Daesh s’emparer de la Syrie, qui abrite à Tartous la seule base russe de la région. Ensuite parce que c’est une belle occasion pour lui d’éliminer sur place quelques milliers de djihadistes russes originaires du Caucase. Enfin, et surtout, parce qu’avec cette intervention, il s’impose d’emblée à la face du monde comme la grande puissance montante avec laquelle il faut désormais compter.

 

Entrée dans l'OCS en 2016

Pranab Mukherjee (Inde) - Mamnoon Hussain (Pakistan)

 

Dans l’affaire syrienne, il y a ceux qui veulent en finir avec Daesh et ceux pour qui l’éviction de Bachar el-Assad est la priorité. Est-ce vraiment ainsi que se pose le problème ?

Se demander dans l’abstrait qu’est-ce qui est le pire, une dictature ou un réseau terroriste comme Daesh, est une très mauvaise façon de poser le problème. Le « pire » est toujours relatif à une situation donnée. La seule véritable question qui se pose est celle-ci : qu’est-ce qui est le plus contraire à nos intérêts ? Si c’est la dictature, alors il faut se battre contre la dictature ; si c’est le réseau terroriste, alors c’est lui qu’il faut affronter. Dans le cas de la Syrie, la réponse est simple. La barbarie islamiste de Daesh nous menace, alors que le régime de Bachar el-Assad ne nous a jamais menacés. Contre la première, il faut donc soutenir le second. Mais le fond du problème, c’est la russophobie. Pour les États-Unis comme pour la France, l’objectif numéro un, c’est avant tout de réduire l’influence russe. Damas étant l’allié de Moscou, l’élimination de Bachar el-Assad devient dès lors la priorité.

On reproche ainsi aux frappes russes de viser, non seulement Daesh, mais les rebelles syriens qui combattent le régime légal de Damas. Mais pourquoi ne le feraient-elles pas ? Vladimir Poutine sait très bien que, dans l’affaire syrienne, il n’y a pas d’« islamistes modérés », mais seulement des rebelles armés, alliés objectifs des terroristes, que les forces armées syriennes sont les seules à combattre réellement l’État islamique et que l’élimination du régime alaouite ouvrirait les portes de Damas à Daesh. Vous noterez, au passage, le caractère grotesque des réactions scandalisées fulminées par les États européens membres de l’OTAN au motif que des avions russes auraient effleuré la frontière aérienne turque, au moment même où ces mêmes États acceptent que leurs propres frontières, terrestres celles-là, soient violées tous les jours par des milliers d’immigrés illégaux venus pour la plupart de Turquie !

 

Poutine à l'ONU

 

Du coup, grande est l’impression que la France joue toujours avec un coup de retard…

La France, en effet, n’est pas seulement alignée sur l’Amérique, elle a aussi toujours un temps de retard. En 2013, François Hollande annonce qu’il va bombarder Damas, puis se ravise parce que Washington a décidé de faire marche arrière. L’année suivante, il prend des sanctions contre la Russie, puis décide de recevoir Poutine parce qu’Obama l’a reçu avant lui. Aujourd’hui, sous l’influence du plus exécrable ministre des Affaires étrangères de la Ve République, Laurent Fabius, il persiste à exiger le départ de Bachar el-Assad, que ne demandent plus ni les Américains ni les Allemands, ce qui est à peu près aussi réaliste que si les démocraties occidentales avaient fait du départ de Staline un préalable à leur alliance avec l’URSS contre Hitler !

Après avoir achevé l’œuvre d’atlantisation de la diplomatie nationale entamée sous Nicolas Sarkozy, la France adopte, face à Moscou, une position de guerre froide que rien ne justifie, sinon son alignement total sur la politique de l’OTAN, et continue à prétendre décider à la place des Syriens de qui doit diriger la Syrie. N’ayant plus aucune politique étrangère indépendante, elle est, en fait, condamnée à jouer petit bras. Après quatre ans de soutien aux pétromonarchies du Golfe et aux bandes islamistes anti-Assad, elle voit s’effondrer toutes ses hypothèses et n’est plus en position de se poser en médiateur nulle part. Plus personne ne l’écoute, elle ne compte pour rien, elle est hors-jeu. Quand comprendra-t-elle que la Russie est notre plus naturel allié ?

 

François Hollande la risée du monde

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 16:52

 

Le sentiment d’appartenance

Ou

Désert Sion en perspective

(Teddijo)

 

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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 17:17

 

Les langues se délient

Ou

Ca cague un brin dans le ventilo

(Nicolas Gauthier)

 

Le moins qu’on puisse prétendre, c’est que pour sa nouvelle formule, le magazine Éléments, fondé il y a plus de quarante ans par Alain de Benoist, a fait fort tout en caguant un brin dans le ventilo.

 

Elément avec Michel Onfray

 

Ainsi, Michel Onfray, Normand encore plus têtu qu’un Breton, à force qu’on lui reproche de préférer « une analyse juste d’Alain de Benoist à une analyse injuste de BHL », pose crânement en couverture de la chose en question. Et livre un long entretien qui ne fait pas précisément dans la dentelle, titré « Dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ». Un exemple au hasard ? « Populiste ? Je préfère à libéral, capitaliste, bourgeois, mitterrandien, social-démocrate, social-libéral. Sollers a cru un jour me blesser en disant que j’étais un « tribun de la plèbe ». Il ne pouvait me faire plus grand honneur ! »

Voilà qui donne l’ambiance, virile et velue : « Ma gauche populaire est girondine, communaliste, libertaire, proudhonienne, autogestionnaire. Que la gauche institutionnelle, de Hollande à Mélenchon, de Libération à Médiapart, ne m’aime pas et me calomnie est plutôt une bonne nouvelle. Le contraire m’inquiéterait. » Voilà un viatique qu’on se plairait à signer…

 

Bernard-Henri Lévy & Alain de Benoist

 

Le reste est à l’avenant. Michel Onfray tire à vue sur les idoles en papier-mâché et les philosophes en peau de zébu. Planqué pas loin derrière, un autre original, véritable homme de droite, lui : le ténébreux conseiller Patrick Buisson. Onfray qui fait son coming-out et Buisson qui rompt une longue et bien compréhensible diète médiatique ; voilà des pages qui valent leur pesant de pistaches, surtout lorsque formant un volumineux dossier sur les sulfureux rapports liant droite et argent. Et cet aveu terrible du fameux visiteur élyséen du soir : « J’étais radicalement contre le discours de Grenoble. On est au pouvoir, il faut agir, en finir avec la communication politique. Cette question de l’immigration ne peut plus être réglée par la voie parlementaire. Consultons par référendum les Français. Les questions sont très simples : les critères d’attribution des prestations sociales ; le droit du sol ; le regroupement familial ; le droit d’asile ; les accords de Schengen. Cinq questions. J’ai encouragé Sarkozy à les poser. Il n’a jamais voulu… »

 

Patrick Buisson & Michel Onfray

 

De ce passionnant entretien, on retiendra encore ces phrases que les actuels candidats à la magistrature seraient heureusement inspirés de méditer : « La ligne de clivage est aujourd’hui sur la question de l’identité, laquelle est centrale, mais aussi du rapport à l’argent. L’argent ne fait pas société. Il détruit le lien social. C’est toute l’histoire des droites par rapport au capitalisme, d’abord entrepreneurial, puis financier, qui se trouve au cœur de la problématique politique, étant entendu que la financiarisation a accéléré un processus. La base anthropologique du capitalisme a longtemps été la chrétienté occidentale et ses valeurs. Ce qui est en train de s’épuiser aujourd’hui, puisque le socle culturel du transhumanisme, l’ethos infantiliste du capitalisme financier, ses rendements à 15 %, n’ont plus rien à voir avec les ressorts anthropologiques du premier capitalisme entrepreneurial, exactement comme la forme républicaine a bénéficié du legs anthropologique et historique de la France qui l’a précédé. La morale de nos pères, disait Ferry. »

 

De Hollande à Mélenchon, de Libération à Mediapart

 

Bref, ça dépote chez les « néo-réactionnaires » ou quel que soit le sobriquet dont des médias, toujours dominants mais de plus en plus à la ramasse, les affublent. Un grand bain d’intelligence, et hop ! On en ressort avec le cervelet tout propre, genre qui brillerait presque comme un miroir de bordel. En vente mercredi dans tous les kiosques.

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