24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 13:33

 

Pauvre de nous

Claude Rich s’en est allé

(Nicolas Gauthier)

 

Claude Rich

 

Maintenant que Claude Rich nous a quittés, Venantino Venantini demeure le dernier des Tontons flingueurs à ne pas avoir été flingué par la Camarde.

Claude Rich, dans le film de Georges Lautner, c’est l’insupportable Antoine, soupirant de la jolie Patricia, filleule de l’irascible Fernand, incarné par Lino Ventura ; un Antoine compositeur de l’espèce bruitiste, connu pour signer concertos pour robinets qui fuient et sonates pour pneus crevés.

Claude Rich va enfin atteindre « l’anti-accord absolu », quand Fernand assure à Patricia que « Ton Antoine commence à me les briser menu ».

Claude Rich, dans l’Oscar d’Édouard Molinaro, c’est Christian, le comptable indélicat et plus insupportable encore, qui arnaque son futur beau-père, le tout aussi irascible Louis de Funès. « Vous connaissez ma fille depuis combien de temps ? » « Un an et demi. Mais je suis aussi son amant… » « Depuis combien de temps ? » « Un an et demi… » « Eh bien, vous, le moins qu’on puisse dire est que vous ne perdez pas de temps ! »

 

Claude Rich (Les tontons flingueurs)

 

Claude Rich, c’est un phrasé inimitable, une longue silhouette, souple et dégingandée, des yeux qui riaient tout seuls, une classe naturelle et incomparable.

Claude Rich, ce sont des dizaines de films et plus, encore, de pièces de théâtre. C’est aussi le roué Talleyrand qui affronte le terrible Fouché, Claude Brasseur, dans Le Souper, sublime pièce de Jean-Claude Brisville, transposée sur grand écran par Édouard Molinaro.

Claude Rich, c’est également ce vieillard aussi pingre qu’atrabilaire dans Le crime est notre affaire, fort joli film de Pascal Thomas, très librement inspiré d’un roman d’Agatha Christie. Même en ignoble bonhomme, il parvient à inspirer de la tendresse, à faire transpirer l’humanité de son personnage, au coin d’un sourire, au travers d’un regard.

Claude Rich, c’est l’homme qui sait tout jouer, l’acteur qui peut tout jouer ; à l’exception, peut-être, de ce rêve à jamais inassouvi ? Incarner le père Charles de Foucauld, l’ermite du Hoggar, dont il conserva longtemps la photo dans son portefeuille, fasciné qu’il était par son « besoin d’absolu ».

 

Claude Rich (Le souper)

 

Claude Rich, en effet, est un catholique de conviction, espèce assez rare en un show-biz désormais envahi de Michaël Youn et de Jamel Debbouze. Se définissant comme un « chrétien pitoyable », il affirmait au passage : « Je ne suis pas un très bon chrétien. Je n’étudie pas beaucoup ma religion, mais je crois en l’amour de Dieu. De la même façon que l’on ne sait pas toujours pourquoi on aime une personne, j’aime Dieu. Je le fréquente tous les dimanches. Lorsqu’il m’arrive de confier à quelqu’un mon intention d’aller à la messe le dimanche et que mon interlocuteur me fait part de son étonnement, je lui dis que c’est moi qui suis étonné qu’il n’aille pas à l’église ! »

Claude Rich est malgré tout assez bon chrétien pour signer des deux mains le manifeste de « total soutien » au pape Benoît XVI, quand ce dernier remit à l’honneur la messe tridentine.

Claude Rich fut donc un drôle de paroissien. Qu’il nous soit ainsi permis de le saluer, humblement et chaleureusement, en ces lignes, pour tout le bonheur qu’il nous a donné, et surtout les moments d’émotion et les fous rires avec lui partagés.

À Dieu, Claude Rich. À Dieu en deux mots, tel qu’il se doit ; pour vous dire ce qui n’est qu’un au revoir.

 

Claude Rich (Paris brûle-t-il ?)

21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 19:52

 

Une France flamboyante

Ou

Le Gallo Roman

(Aristide Leucate)

 

Révolution française (Max Gallo)

 

Gallo. Un nom si français, si gaulois, en dépit des ascendances piémontaises du meilleur historien-conteur de France, après le regretté Alain Decaux (sans oublier Marcel Jullian ou André Castelot) qu’il est désormais parti rejoindre dans les profondeurs mystérieuses de l’éternité. Cet autodidacte, titulaire d’un CAP de mécanicien-ajusteur qui finira par décrocher l’agrégation d’histoire et obtenir, ensuite, son doctorat aura eu une vie des plus remplies, des ors de la République (il sera furtif secrétaire d’État sous la mitterrandie, de 1983 à 1984) à la coupole de l’Académie française (où il sera élu en 2007 au fauteuil de Jean-François Revel) après avoir passé dix ans comme député au Parlement européen (de 1984 à 1994), de son adhésion au Parti socialiste à la présidence du Mouvement des citoyens cofondé en 1994 avec son ami Jean-Pierre Chevènement.

 

De Gaulle & Louis XIV (Max Gallo)

 

Mais surtout, à l’instar du général de Gaulle pour lequel il ne cachait pas son admiration (comme à l’endroit de Bonaparte), Max Gallo entretenait en lui comme dans ses livres la flamme d’une certaine idée de la France. Certes, il ne fut pas cet historien rigoureux, soucieux du plus obscur détail et obsédé d’interminables notes de bas de page. En cela, il aurait fait rougir de colère tout mandarin que notre sorbonnarde et vaniteuse université recèle inépuisablement en son sein. En revanche, nulle erreur historique, mais histoire librement narrée, au contraire d’un Alexandre Dumas tout aussi prolixe mais violant l’Histoire – toujours, heureusement, pour le plus grand plaisir du lecteur – en toute liberté.

Gallo, c’est ensuite un style. Sobre, enlevé, alerte, vif. C’est également un genre qu’un éditeur bien inspiré baptisa, un jour, le « Gallo-roman ». Ses suites romanesques, telles que Les Chrétiens, La Croix de l’Occident ou Les Romains, emportent le lecteur à bride abattue, loin vers les sommets d’une histoire que le mercantilisme consumériste a tôt fait de faire oublier à ses contemporains. Ce biographe de De Gaulle et de Napoléon était foncièrement habité par ses personnages illustres (et parfois anonymes), s’incarnant dans leurs vies reconstituées, s’appropriant leur existence tout en leur prêtant les traits intimes de sa propre vie.

 

Napoléon (Max Gallo)

 

De mesquins esprits l’ont soupçonné d’avoir recouru à des nègres. Accusation de vile police par une République des Lettres ne lui pardonnant pas son tropisme patriotique, sinon nationaliste, beau terme que la pensée unique s’échine, depuis un demi-siècle, à réduire ad hitlerum ou à rabattre ad lepenum. Il faut, d’urgence, relire son Fier d’être français, diatribe laudative, ardente déclaration d’amour à son pays, la France. Fustigeant « les élites […] devenues les pédagogues du renoncement national », il estimait, à bon droit, que « le remède aux maux de la nation, c’est l’amour de la nation, c’est la fierté rendue au mot France ».

L’on n’oubliera pas de mentionner sa propre vision de l’Histoire de France, consignée dans un bel écrin joliment intitulé L’Âme de la France qui est, incontestablement, à ce républicain de gauche ce que L’Histoire de France fut, en son temps, au royaliste Jacques Bainville, académicien comme lui. Ni sectaire, ni xénophobe, Gallo reconnaissait que les malheurs de la France résidaient, bien souvent, dans sa propension fâcheuse à se tourner vers le « parti de l’étranger » : « Telle est la France : quand elle n’est pas unie, elle s’entre-dévore, elle en appelle à l’étranger. » Hier aux huguenots hollandais ou aux catholiques espagnols, aujourd’hui aux européo-mondialistes de Berlin et Bruxelles. Sic transit gloria Franciae…

Assurément, avec la mort de Max Gallo, c’est une grande voix de notre mémoire nationale qui s’en est allée. Nous avons les idoles (de préférence « panthéonisables ») conformes à nos médiocres temps. Lui aimait à citer Simone… Weil : « Il y a une certaine partie de l’âme, en chacun, et certaines manières de penser et d’agir circulant des uns aux autres qui ne peuvent exister que dans le milieu national et disparaissent quand le pays est détruit. »

 

Une histoire de la 2ème guerre mondiale (Max Gallo)

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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 12:46

 

Machiavel et les armes de migration massive

Ou

La variable d’ajustement

(Nicolas Bonnal)

 

La tour de Babel (Marten van Valckenborch)

 

La base d’un empire multiculturel (Un empire est toujours multiculturel) est de conquérir des territoires et de transférer des populations pour les amadouer et les contrôler [1]. C’est maintenant ce que l’on fait en Europe. Il faut amener des colons, et remplacer les populations rétives qui sont dominées – ou se laissent mourir. Car comme le remarque Madison Grant dans son « Passage d’une grande race », une immigration non désirée doit éteindre la natalité dans les pays nouvellement conquis ou occupés. C’est comme cela que le Wasp a commencé à disparaître en Amérique du Nord dans les années 1880. Kipling s’en plaint dans sa correspondance (il vivait alors à Boston), Lovecraft dans sa nouvelle La rue, Henry James dans son journal, O’Henry dans ses petits contes, Edward Ross dans son œuvre de sociologue, Scott Fitzgerald dans Gatsby [2].

On ne va pas pleurer le Wasp bien sûr, ni celui (comme dit Woody Allen, « la nature est un grand restaurant ») qui fut chassé de son île irlandaise par une politique froide de famine appliquée par Londres (qui a toujours su manipuler les famines dans un but politique). Le Wasp lui-même avait remplacé les Indiens peu avant. La tragédie des îles hawaïennes et autres fut identique. Des populations furent massacrées, empoisonnées et remplacées par d’autres plus soumises et plus travailleuses. Le Grand Remplacement est hélas une donnée éternelle, mais il importe de rappeler qu’il est rarement naturel ; il est presque toujours politique et il sert aussi à faire du fric. Le capitalisme joue ici avec le pouvoir et la militarisation. On se rappelle de ces jeunes Écossais qui dorment sous la tente en Écosse alors qu’ils travaillent pour Amazon (entreprise qui me publie gentiment, ce n’est pas le problème). Simplement nous revenons à la plantation et au cannibalisme financier que la peur du gendarme soviétique avait calmé un temps.

 

Rudyard Kipling - Howard Phillips Lovecraft - O’Henry

Henry James - F. Scott Fitzgerald - Edward Alsworth Ross

 

La tactique est toujours la même. Car grand remplacement rime avec déplacement, mais aussi avec un ensemble de dépècements psychologiques, de brouillages de codes, ou de déprogrammation mentale (voyez l’école socialiste et son enseignement liquide en France et en Europe). On citera Tocqueville qui écrivait cette fois à propos des Indiens :

« En affaiblissant parmi les Indiens d’Amérique du Nord le sentiment de la patrie, en dispersant leurs familles, en obscurcissant leurs traditions, en interrompant la chaîne des souvenirs, en changeant toutes leurs habitudes, et en accroissant outre mesure leurs besoins, la tyrannie européenne les a rendus plus désordonnés et moins civilisés qu’ils n’étaient déjà. »

Les observations de Tocqueville sur le devenir des minorités US sont admirables.

Et j’en viens au cher Machiavel [3]. Les Italiens (plus haut QI d’Europe) seront toujours nos maîtres et nos éclaireurs, pour la bonne et simple raison qu’ils ont déjà vu et tout commenté, et le plus souvent pour rien hélas ! La connaissance, comme dit Salomon, ne sert qu’à accroitre sa douleur (qui auget scientiam, et auget dolorem, dit ma Vulgate !). La Renaissance permit de connaître de nouvelles  expériences passionnantes, et aussi de revivre l’Antiquité d’une certaine manière. Voyez La Boétie qui publie à la même époque le meilleur texte sur notre aliénation moderne.

 

Citations de Nicolas Machiavel

 

J’ignore si Machiavel connaissait le procédé inca du mitmae (remplacement de population après la conquête de ce même « empire socialiste inca »), mais il savait décrire comment s’y prenaient les princes néo-grecs de la Renaissance :

« Pour conserver une conquête… Le meilleur moyen qui se présente ensuite est d’établir des colonies dans un ou deux endroits qui soient comme les clefs du pays : sans cela, on est obligé d’y entretenir un grand nombre de gens d’armes et d’infanterie. »

Oui, mieux vaut des « colons » que des gens d’armes pour assurer l’ordre. D’autant que l’on peut comme en Allemagne nommer ces réfugiés policiers : ils empêcheront les machos allemands de violer leurs compatriotes, m’a dit une étudiante espagnole vivant à Bamberg ! Cette ânesse passe son nez toute la journée dans son téléphone portable, et on peut dire que le système la tient bien en laisse, comme un ou deux milliards d’autres « jeunes » de son acabit, bien formatés et surtout distraits, tous sortis des pires cauchemars de Plutarque ou de La Boétie (de qui ?).

Machiavel ajoute avec le cynisme toxique qui caractérise sa prose impeccable :

« L’établissement des colonies est peu dispendieux pour le prince ; il peut, sans frais ou du moins presque sans dépense, les envoyer et les entretenir ; il ne blesse que ceux auxquels il enlève leurs champs et leurs maisons pour les donner aux nouveaux habitants. »

Ce que vit l’Italie en ce moment est incroyable. On ruine le contribuable pour sauvegarder des banques insolvables, on remplace un peuple déjà vieillissant pour le plaisir de plaire à des élites humanitaires, on remet au pouvoir des gens qui ont été reniés par les urnes mais choisis par l’Otan, Bruxelles ou les banques…

Machiavel explique comment on divise la population.

« Or, les hommes ainsi offensés n’étant qu’une très faible partie de la population, et demeurant dispersés et pauvres, ne peuvent jamais devenir nuisibles ; tandis que tous ceux que sa rigueur n’a pas atteints demeurent tranquilles par cette seule raison ; ils n’osent d’ailleurs se mal conduire, dans la crainte qu’il ne leur arrive aussi d’être dépouillés. »

La lâcheté et le refus de s’informer font partie du complot. Comme disait MacLuhan, le héraut catholique-cathodique du village global, « les plus grands secrets sont gardés par l’incrédulité publique».

 

Nicolas Machiavel

 

On recommandera au lecteur la lecture de Kelly Greenhill sur ces armes de migration massive [Traduction à venir, NdSF]. Greenhill en bon agent impérial les impute à des tyrans putatifs et oublie les responsabilités impériales et capitalistes de nos chères élites occidentales !

C’est pourquoi je recommande les classiques. Il n’est pas de situation qu’ils n’expliquent mieux que leurs experts. Regardez Marx par exemple qui nous parle du dépeuplement nazi (féodal) des clans écossais au profit d’une certaine duchesse Sutherland :

« Mais à tout seigneur tout honneur. L’initiative la plus mongolique revient à la duchesse de Sutherland. Cette femme, dressée de bonne main, avait à peine pris les rênes de l’administration qu’elle résolut d’avoir recours aux grands moyens et de convertir en pâturage tout le comté, dont la population, grâce à des expériences analogues, mais faites sur une plus petite échelle, se trouvait déjà réduite au chiffre de quinze mille.

De 1814 à 1820, ces quinze mille individus, formant environ trois mille familles, furent systématiquement expulsés. Leurs villages furent détruits et brûlés, leurs champs convertis en pâturages. Des soldats anglais, commandés pour prêter main forte, en vinrent aux prises avec les indigènes. Une vieille femme qui refusait d’abandonner sa hutte périt dans les flammes. C’est ainsi que la noble dame accapara 794 000 acres de terres qui appartenaient au clan de temps immémorial [4]. »

Et pourquoi changer une équipe – et une méthode – qui gagne ? La faiblesse de nos réactions favorise le retour du comportement barbare chez les élites. Elles n’ont plus peur de nous.

 

[1] : Kelly Greenhill, Weapons of Mass Migration : Forced Displacement as an Instrument of Coercion. Bientôt traduit par le Saker francophone.

[2] : Naomi Klein, La stratégie du choc, chapitre II

[3] : Machiavel, Le Prince, chapitre III

[4] : Marx, Le Capital, livre I, chapitre VIII, l’accumulation primitive

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