4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 18:05

 

Beth Hart

Better than home

2015

 

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3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 19:50

 

Hollande contre Poutine

La liste noire qui fait marrer tout le monde !

Nicolas Gauthier

(Journaliste, écrivain)

 

Il est parfois des plaisirs jouissifs qu’il convient d’avoir connus avant de rendre l’âme : Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2002, victoire des Bleus en 1998, DSK empêché d’Élysée et, tant qu’à faire, triomphe au Top 50 du sublime tube de camping « Quand il pète il troue son slip », de l’inégalable Sébastien Patoche, qui détrôna alors une chanteuse à cheveux gras, probablement lectrice de Télérama, aux paroles « exigeantes » et dont, fortuitement, le nom nous échappe.

Aujourd’hui, encore un truc qui méritait d’être vécu, soit l’homérique bras de fer entre François Hollande et Vladimir Poutine. Résumé des épisodes précédents : l’Europe, ou, pour être plus précis, les instances technocratiques entendant la représenter, met 150 officiels russes sur liste noire ; c’est-à-dire, tricards en notre vieux monde. Riposte immédiate du tsar : 89 Européens deviennent à leur tour interdits de séjour, dont quatre Français. Et pas des moindres. Bruno Le Roux, chef de file des députés socialistes au Parlement. Henri Malosse, président du Comité économique et social européen, assez peu connu et devant sûrement gagner à ne pas l’être. Et, le meilleur pour la fin, le trublion Daniel Cohn-Bendit et le philosophe que le monde entier nous envie, hormis peut-être les Libyens, sa seigneurie Bernard-Henri Lévy. Dans leur casting de guignols, force est de reconnaître que le Kremlin fait preuve d’un goût assez sûr.

 

Vladimir Poutine 

 

Bref, un prêté pour un rendu. Assez logiquement, les médias dominants ont zappé le premier épisode de la série, préférant se focaliser sur cette insupportable atteinte aux droits de l’homme européen. Tout comme ils s’indigent du fait que nombre d’ONG occidentales ont été virées du territoire russe. Tout en négligeant un autre fait : si les effectifs de ces ONG ne sont pas composés que d’espions, il n’existe pas non plus d’ONG dans lesquelles les services secrets ne soient chez elles comme chez eux.

Après, une fois évacué le cas d’Henri Malosse et des deux clowns plus haut évoqués, pourquoi Bruno Le Roux ? Sa mise à l’écart est évidemment à mettre en regard de son presque homologue Sergueï Narychkine, président de la Douma. Mais Le Figaro pointe une autre piste : l’homme en question est à l’origine « d’une demande de commission d’enquête parlementaire sur le financement du FN ». Vrai ? Faux ? Il est un fait que le Front national a contracté des emprunts auprès de banques russes pour la simple raison, à en croire Marine Le Pen, qu’aucune banque française n’entendait leur avancer le début de la queue d’un fifrelin.

 

B.H. Levy - H. Malosse - D. Cohn-Bendit - B. Le Roux

 

Il n’en fallait pas plus à Jean-Christophe Cambadélis pour affirmer : « Le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Bruno Le Roux, figure sur cette liste noire qui n’honore pas la diplomatie russe. Monsieur Poutine ne peut laisser les banquiers financer l’extrême droite en France et tenter d’intimider les démocrates. » Ce n’est plus qu’une question de patience et de temps, mais bientôt arrivera celui où Cambadélis, Cohn-Bendit et BHL se prendront pour les nouveaux Soljenitsyne.

François Hollande qui bombe le torse contre Vladimir Poutine… C’est Julie Gayet qui doit être fière de son zigomar. Pour cause de combat à mort entre nounours en peluche et ours russe. En attendant, on pourra toujours tenter de revendre nos bateaux Mistral sur leboncoin… Des choses à voir avant de passer l’arme à gauche, écrivions-nous plus haut.

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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 20:52

 

Nouvelles du futur

Ou

Les secrets du monde qu’on nous prépare

(Charles Daraya)

 

01 - Le rêve d'un colosse

02 - Machine & humanisation

 

La machine distingue l’époque moderne des précédentes. Depuis XVIIIe siècle, elle a entièrement produit la réalité du monde où nous vivons. Et celle-ci a également infesté notre sphère privée, maintenant meublée de petits appareils de toutes sortes avec lesquels nos interactions ne cessent presque jamais.

Penser le monde moderne, c’est donc penser la machine : elle en est la manifestation la plus spécifique, massive, diffuse.

L’humanité a pourtant constamment entretenu un rapport ambivalent à son égard. La racine grecque du terme machine suggère, en effet, qu’elle est un piège [1]. Ce qui résume, bien à propos, l’ambivalence que celle-ci a toujours portée, et qui s’illustre aussi par le terme dérivé de « machination ». 

 

 

Les machines n’inventent rien à proprement parler, elles captent et intègrent des savoir-faire humains afin de les industrialiser. Ce faisant, leurs premiers détenteurs en ont été dépossédés chaque fois que des appareils ont été créés pour les assister ou les remplacer. Une fois dépouillés, ces hommes d’arts ont commencé de servir des machines au sens militaire du verbe, tel qu’employé dans l’artillerie par exemple, où faire fonctionner un canon, c’est le servir. C’est-à-dire, se retrouver assujetti à ses règles, comme à ses contraintes fonctionnelles.

Cette mécanisation des très anciennes cultures des métiers, ainsi que leurs normalisations conséquentes, ont toujours constitué un appauvrissement et une déshumanisation des ouvriers et des artisans qui les détenaient. C’était, et c’est encore, une blessure narcissique que l’intérêt rationnel ou économique d’y procéder passe sous silence. Une machine est installée à un poste de travail et, après quelques heures, son opérateur comprend qu’il a passé son temps, parfois sa vie entière, à accomplir des actes qu’un tas de ferraille aux procédures automatiques fait aussi bien, sinon mieux, en tout cas plus rapidement et sans répit. Rien qui ne favorise l’estime de soi : le sentiment qui s’impose est d’avoir été réellement inutile.

Néanmoins, le fait est que la mécanisation du monde a eu ses contreparties positives, aussi bien en termes individuels et collectifs que sociaux. Longtemps, la disqualification des savoir-faire et des corps de métiers originels a été compensée par l’instauration de travaux plus confortables et plus qualifiés. Et au fil du temps et des luttes sociales [2], la productivité des appareils a également permis de mieux rémunérer leurs employés. 

 

 

Le monde productif était en effet issu de l’agriculture, dont il conserva d’abord la culture paysanne, aussi pragmatique qu’utilitariste : la règle des manufactures fut longtemps de payer les gens à la tâche et à la journée. Avant qu’on ne se résolve à salarier le temps de travail mis à disposition dans les usines de manière permanente.

Sur un plan social, la perte humaine induite par la mécanisation des corps de métiers a été surcompensée par les gains considérables que les appareils ont réalisés dans tous les domaines. Sans la généralisation des machines à partir du milieu du XVIIIe siècle, il n’y aurait pas eu la possibilité de sociétés d’abondance, industrielles et puis consuméristes. Des univers où l’on a pu travailler sans trop se briser le corps, accéder à une foule de biens autrefois rares, et disposer de vrais temps de repos ou de loisirs pour soi [3]. Au lieu, par exemple, de perdre trois heures à laver son linge quotidien – c’est le temps qu’il faut !

Enfin, pendant un siècle, jusqu’au début du XXe siècle, la mécanisation des savoir-faire n’a pas constitué une perte sèche pour leurs anciens détenteurs. On inventait dans le même temps une nouvelle culture de la production, dont la machine, et par extension l’usine, est devenue le lieu. La classe ouvrière est un sous-produit de la machine, comme le sont les autres classes dirigeantes qui se mirent au service direct et indirect d’appareils – du contremaître aux comptables, en passant par les commerciaux et les dirigeants.

Cette différenciation par fonction des classes sociales n’a pas, alors, produit une divergence si fondamentale de leurs intérêts : un objet partagé, la machine et ses productions, nouaient l’interdépendance des corps sociaux (une culture, donc). Cette relation fonctionnelle déterminait et organisait la nécessité de leur coopération, également régulée par un droit du travail plus strict, que les luttes sociales inventaient en même temps. Et c’est ainsi qu’une culture de la production a été engendrée, en substitution et en compensation des corporatismes propres à l’ancienne culture des métiers progressivement déconsidérée.  

 

Révolte des Canuts

 

[1] De δ ο ́ λ ο ς « Tout objet servant à tromper », d'où « Ruse, artifice », V. Chantraine, source CNTRL.

[2] Les premières révoltes violentes envers la mécanisation des métiers se sont déroulées en 1811-1812 chez les luddites d’Angleterre (textile), puis en 1830 et 1834 chez les canuts de Lyon (soie). Ces insurrections d’ouvriers et d’artisans seront réprimées dans le sang par l’armée. Le XIXe siècle aura été celui de l’invention des classes prolétaires, ainsi que celle de leur domestication.

[3] On peut néanmoins rappeler que dans l’Ancien Régime le fondement religieux des sociétés agraires, induisait couramment 100 jours chômés par an, et plus.

 

Suite au prochain numéro

Jouir de consommer

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