13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 20:48

 

Omar Sharif & Sergio Sollima

Ou

Une faim de vie légendaire

(Nicolas Gauthier)

 

Ces derniers jours, le septième art vient de perdre deux de ses plus éminents représentants, Omar Sharif et Sergio Sollima ; dommage, peut-être, que la disparition du premier ait éclipsé celle du second. Ce, d’autant plus que la carrière de Sollima était finalement plus intéressante que celle de Sharif.

D’origine syro-libanaise, né Michel Demitri Chalhoub, le 10 avril 1032 à Alexandrie, en Égypte, celui qui ne s’appelle pas encore Omar Sharif devient l’un des acteurs de prédilection de l’immense Youssef Chahine et apparaît en tête d’affiche de… vingt-six films égyptiens. Mais pour la consécration internationale, il lui faudra attendre 1962, lorsque le prestigieux cinéaste David Lean lui offre un rôle de premier plan dans ce chef-d’œuvre qu’est Lawrence d’Arabie, où il incarne le rôle du prince Ali Ibn el Kharish, l’un des héros de la résistance arabe au califat ottoman. Puis, deux ans après, toujours avec le même David Lean, il décroche le rôle-titre du célèbre Docteur Jivago. C’est son heure de gloire.

 

 

Mais le cinéma ne l’intéresse finalement pas tant que ça : il y a les femmes et le jeu, bridge, poker, casino et courses hippiques, surtout. De cette carrière magnifiquement dilettante, les Français se souviendront surtout de ses publicités pour… Tiercé Magazine ! Un peu injuste, mais cela ne semblait guère l’émouvoir. Un second rôle, en revanche, aura marqué les cinéphiles français, le rôle d’Abel Zacharia, commissaire athénien et corrompu, opposé au cambrioleur incarné par Jean-Paul Belmondo dans « Le Casse », d’Henri Verneuil. Omar Sharif aimait la bonne chère, d’où, peut-être, ces deux scènes mythiques lui permettant d’enseigner les subtilités de la cuisine grecque à notre Bébel national, avant de périr enseveli dans un silo à grains.

Sans l’avoir forcément voulu, il connaît une reconnaissance tardive avec un César du meilleur acteur, décerné en 2004, pour sa prestation dans le très joli Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, de François Dupeyron.

Une vie placée sous le signe d’une telle nonchalance ne peut que forcer l’admiration.

 

 

Sergio Sollima, né le 17 avril 1921 à Rome, et mort à l’âge canonique de 94 ans, c’est une autre histoire, une autre affaire. Avec lui s’en va le troisième des « Sergio », après Leone et Corbucci. Autant dire que le western européen vient de perdre son dernier patriarche. Sergio Sollima était un intellectuel, mais pas à la pesante manière hexagonale. De gauche il était, indubitablement. Mais pourquoi alors son extraordinaire trilogie, «  Colorado, Le dernier face-à-face et Saludos hombre », est-elle aujourd’hui louée dans des milieux se situant souvent à la droite de la droite de l’échiquier politique ? Tentative d’explications.

Globalement, ces trois films mettent en scène un héros mythique, Cuchillo,  soit le « couteau », en espagnol, et « lanceur de couteaux », par extension,  incarné par le Cubain Tomás Milián. Le Cuchillo, c’est le péon, le pauvre, l’Indien, toujours en butte aux manœuvres de puissants propriétaires terriens, eux-mêmes manipulés par l’envahissant voisin nord-américain. À la fin des années soixante, quand ces trois films sont tournés, nous sommes en pleine guerre du Vietnam. Et en pleine guerre froide, surtout. Ils sont donc tenus pour être de gauche, même si la critique progressiste les traite de haut, car trop populaires aux yeux des intellectuels germanopratins.

 

 

Aujourd’hui, avec le recul, on dira qu’il s’agissait d’une trilogie prophétique, annonçant les actuels bouleversements politiques de l’Amérique latine, avec l’arrivée au pouvoir d’autres Indiens déshérités, des Hugo Chávez au Venezuela ou des Evo Morales en Bolivie, pour ne citer que deux autres Cuchillo des plus emblématiques. Continuellement réédités, enfin réhabilités, ces trois films sont désormais des classiques. Avec mention toute particulière pour Le dernier face-à-face, où un professeur humaniste, Gian Maria Volontè, finit en doctrinaire sanguinaire avant d’être tué par le même Cuchillo, bandit de grand chemin, mais imperméable aux idéologies, surtout lorsque prétendant parler au nom du peuple.

Sergio Sollima ? Un penseur de gauche des plus maladroits…

 

 

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commentaires

SALY 15/07/2015 18:23

ah le regard d Omar sharif...............................quel homme et quel artiste!!!!!!!!!!!!!!!! RIP