21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 19:52

 

Une France flamboyante

Ou

Le Gallo Roman

(Aristide Leucate)

 

Révolution française (Max Gallo)

 

Gallo. Un nom si français, si gaulois, en dépit des ascendances piémontaises du meilleur historien-conteur de France, après le regretté Alain Decaux (sans oublier Marcel Jullian ou André Castelot) qu’il est désormais parti rejoindre dans les profondeurs mystérieuses de l’éternité. Cet autodidacte, titulaire d’un CAP de mécanicien-ajusteur qui finira par décrocher l’agrégation d’histoire et obtenir, ensuite, son doctorat aura eu une vie des plus remplies, des ors de la République (il sera furtif secrétaire d’État sous la mitterrandie, de 1983 à 1984) à la coupole de l’Académie française (où il sera élu en 2007 au fauteuil de Jean-François Revel) après avoir passé dix ans comme député au Parlement européen (de 1984 à 1994), de son adhésion au Parti socialiste à la présidence du Mouvement des citoyens cofondé en 1994 avec son ami Jean-Pierre Chevènement.

 

De Gaulle & Louis XIV (Max Gallo)

 

Mais surtout, à l’instar du général de Gaulle pour lequel il ne cachait pas son admiration (comme à l’endroit de Bonaparte), Max Gallo entretenait en lui comme dans ses livres la flamme d’une certaine idée de la France. Certes, il ne fut pas cet historien rigoureux, soucieux du plus obscur détail et obsédé d’interminables notes de bas de page. En cela, il aurait fait rougir de colère tout mandarin que notre sorbonnarde et vaniteuse université recèle inépuisablement en son sein. En revanche, nulle erreur historique, mais histoire librement narrée, au contraire d’un Alexandre Dumas tout aussi prolixe mais violant l’Histoire – toujours, heureusement, pour le plus grand plaisir du lecteur – en toute liberté.

Gallo, c’est ensuite un style. Sobre, enlevé, alerte, vif. C’est également un genre qu’un éditeur bien inspiré baptisa, un jour, le « Gallo-roman ». Ses suites romanesques, telles que Les Chrétiens, La Croix de l’Occident ou Les Romains, emportent le lecteur à bride abattue, loin vers les sommets d’une histoire que le mercantilisme consumériste a tôt fait de faire oublier à ses contemporains. Ce biographe de De Gaulle et de Napoléon était foncièrement habité par ses personnages illustres (et parfois anonymes), s’incarnant dans leurs vies reconstituées, s’appropriant leur existence tout en leur prêtant les traits intimes de sa propre vie.

 

Napoléon (Max Gallo)

 

De mesquins esprits l’ont soupçonné d’avoir recouru à des nègres. Accusation de vile police par une République des Lettres ne lui pardonnant pas son tropisme patriotique, sinon nationaliste, beau terme que la pensée unique s’échine, depuis un demi-siècle, à réduire ad hitlerum ou à rabattre ad lepenum. Il faut, d’urgence, relire son Fier d’être français, diatribe laudative, ardente déclaration d’amour à son pays, la France. Fustigeant « les élites […] devenues les pédagogues du renoncement national », il estimait, à bon droit, que « le remède aux maux de la nation, c’est l’amour de la nation, c’est la fierté rendue au mot France ».

L’on n’oubliera pas de mentionner sa propre vision de l’Histoire de France, consignée dans un bel écrin joliment intitulé L’Âme de la France qui est, incontestablement, à ce républicain de gauche ce que L’Histoire de France fut, en son temps, au royaliste Jacques Bainville, académicien comme lui. Ni sectaire, ni xénophobe, Gallo reconnaissait que les malheurs de la France résidaient, bien souvent, dans sa propension fâcheuse à se tourner vers le « parti de l’étranger » : « Telle est la France : quand elle n’est pas unie, elle s’entre-dévore, elle en appelle à l’étranger. » Hier aux huguenots hollandais ou aux catholiques espagnols, aujourd’hui aux européo-mondialistes de Berlin et Bruxelles. Sic transit gloria Franciae…

Assurément, avec la mort de Max Gallo, c’est une grande voix de notre mémoire nationale qui s’en est allée. Nous avons les idoles (de préférence « panthéonisables ») conformes à nos médiocres temps. Lui aimait à citer Simone… Weil : « Il y a une certaine partie de l’âme, en chacun, et certaines manières de penser et d’agir circulant des uns aux autres qui ne peuvent exister que dans le milieu national et disparaissent quand le pays est détruit. »

 

Une histoire de la 2ème guerre mondiale (Max Gallo)

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 17:11

 

Gangsterland

De

Tod Goldberg

Traduit par Zigor (Super 8 Editions) 2016

 

 

Avec « Gangsterland » Tod Goldberg nous invite de façon originale à nous intéresser aux petites affaires de la Famille. Pour les affranchis, comme on les désigne avec une pointe de respect, c’est uniquement le business. Pour les autres, à moins d’être un sacré mariole sachant jouer du calibre, il est conseillé d’éviter de la ramener et de tracer la route en faisant profil bas, plutôt que d’avoir à le faire les pieds devant.

En effet, quand on entend parler de Sal Cupertine alias « Rain man », c’est bien souvent qu’il est déjà trop tard. Il est vrai que le personnage n’est pas un tendre, c’est même en cela qu’il est si précieux. Un artiste en son genre, un virtuose, le nec plus ultra lorsqu’il s’agit de faire appliquer la loi du silence, cette chère Omerta, pilier incontournable de la toute puissante Mafia.

Mais voilà, si le mecton est une sacrée pointure, il n’est pas l’abri du petit caillou dans la godasse. Le genre qui vous oblige à disparaitre en abandonnant femme et enfant. Pour le premier pékin venu, cela serait la galère, mais oh ! Les gars, c’est de « Rain man » dont on parle, pas d’un petit gangster à la manque. Alors quand son boss décide de l’exfiltrer de Chicago pour l’envoyer à Las Vegas ce n’est pas uniquement pour le mettre à l’abri.

Si vous êtes croyants la résurrection ne vous posera aucun problème, pour les autres sachez tout simplement que pour Sal Cupertine elle consiste en trois points : nouveau visage, nouvelle identité, nouvelle vie. Pour faire plus simple et pour ne pas tout dévoiler : bienvenue Rabbi David Cohen.   

Vous ne serez pas surpris si je vous dis que je me suis bien amusé en lisant le roman de Tod Goldberg. Il est joyeusement décalé et truculent à souhait. Un véritable plongeon dans l’univers de la Mafia dépeinte par les Scorsese et Coppola, mais avec cette pointe d’humour qui rend le meurtre presque acceptable. L’histoire est classique mais elle se dévore d’un bloc, c’est à n’en pas douter un livre à lire sur la plage en toute décontraction. Les amoureux du genre trouveront sans doute que la fin manque un peu de tranchant, mais en y réfléchissant bien n’est-ce pas là le présage d’une éventuelle suite ?

 

 

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 21:27

 

Flétrissure

De

Nele Neuhaus

Traduit par Jacqueline Chambon (Actes Sud) 2011

 

Nele Neuhaus

 

 

Lorsque j’ai lu la quatrième de couverture de « Flétrissure » de Nele Neuhaus, j’avoue ne pas avoir été emballé outre mesure. Il faut dire que le thème de la Shoah, servi matin midi et soir, devient à la longue légèrement indigeste.

Cependant, l’idée savoureuse de faire la connaissance d’un nouveau couple d’enquêteurs a eu raison de ma réticence. Bien m’en a pris car, si au fond, l’intrique trouve bien ses racines dans les recoins les plus sombres de la deuxième guerre mondiale, c’est avant tout une véritable enquête policière que l’on nous offre ici.

Amateurs de séries allemandes, vous ne serez pas dépaysés par les patronymes des personnages et par l’atmosphère qui règne au cœur de ces grandes familles bourgeoises d’outre-Rhin. Pour les autres, vu le grand nombre de personnages intervenant dans l’intrigue, je leur conseillerai de s’accrocher. Cela vous sera d’autant plus facile que l’histoire est pleine de rebondissements et que nos protagonistes sont plutôt attachants et loin des caricatures des enquêteurs habituels.

Il s’agit apparemment d’un premier roman et, en tant que tel, on lui pardonnera volontiers son côté parfois touffu et sa narration un peu lente. Cependant, il faut reconnaitre à l’auteur un certain talent pour avoir su mener à bien cette aventure assez complexe en y mêlant vérités et faux-semblants pour le plus grand plaisir des lecteurs que nous sommes.

La vérité n’est pas toujours belle à voir. C’est pourquoi tant de gens s’échinent à la dissimuler. Et lorsqu’on sait que l’être humain est capable de susciter bien des choses, de l’admiration la plus totale au dégout le plus abject, on ne s’étonnera pas qu’on veuille en faire l’objet d’un roman.

Comme vous l’aurez sans doute imaginé, j’ai grandement apprécié cette histoire que j’ai lue en deux jours et si je devais la résumer en un mot, je proposerais « Survivre ».

 

 

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