20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 21:27

 

Flétrissure

De

Nele Neuhaus

Traduit par Jacqueline Chambon (Actes Sud) 2011

 

Nele Neuhaus

 

 

Lorsque j’ai lu la quatrième de couverture de « Flétrissure » de Nele Neuhaus, j’avoue ne pas avoir été emballé outre mesure. Il faut dire que le thème de la Shoah, servi matin midi et soir, devient à la longue légèrement indigeste.

Cependant, l’idée savoureuse de faire la connaissance d’un nouveau couple d’enquêteurs a eu raison de ma réticence. Bien m’en a pris car, si au fond, l’intrique trouve bien ses racines dans les recoins les plus sombres de la deuxième guerre mondiale, c’est avant tout une véritable enquête policière que l’on nous offre ici.

Amateurs de séries allemandes, vous ne serez pas dépaysés par les patronymes des personnages et par l’atmosphère qui règne au cœur de ces grandes familles bourgeoises d’outre-Rhin. Pour les autres, vu le grand nombre de personnages intervenant dans l’intrigue, je leur conseillerai de s’accrocher. Cela vous sera d’autant plus facile que l’histoire est pleine de rebondissements et que nos protagonistes sont plutôt attachants et loin des caricatures des enquêteurs habituels.

Il s’agit apparemment d’un premier roman et, en tant que tel, on lui pardonnera volontiers son côté parfois touffu et sa narration un peu lente. Cependant, il faut reconnaitre à l’auteur un certain talent pour avoir su mener à bien cette aventure assez complexe en y mêlant vérités et faux-semblants pour le plus grand plaisir des lecteurs que nous sommes.

La vérité n’est pas toujours belle à voir. C’est pourquoi tant de gens s’échinent à la dissimuler. Et lorsqu’on sait que l’être humain est capable de susciter bien des choses, de l’admiration la plus totale au dégout le plus abject, on ne s’étonnera pas qu’on veuille en faire l’objet d’un roman.

Comme vous l’aurez sans doute imaginé, j’ai grandement apprécié cette histoire que j’ai lue en deux jours et si je devais la résumer en un mot, je proposerais « Survivre ».

 

 

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 16:50

 

Capitaine perdu

Jacques Terpant

2015

 

Pour moi, la bande-dessinée a très longtemps été liée aux petits formats de mon enfance. Ces illustrés dont nous étions si friands, ne possédaient pas le luxe des bandes-dessinées des grandes maisons d’édition, mais l’originalité de ses scénaristes nous ouvrait aux horizons lointains.

En découvrant « Capitaine perdu » de Jacques terpant, j’ai retrouvé le parfum de mes jeunes années.

 

 

1763. La guerre de sept ans vient de prendre fin. Tandis que les Anglais sont cantonnés sur la côte est de ce qui ne s’appelle pas encore les États-Unis d’Amérique, la France cède toute ses possessions, territoire immense qui s'étend des Grands lacs au golfe du Mexique. Le capitaine Saint-Ange, responsable du fort de Chartres, dernier bastion français, va devoir remettre la place forte aux anglais pour ensuite rentrer au pays. Mais l’homme est tiraillé entre son devoir d’obéissance à son souverain et son amour pour cette contrée qui l’a vu naître et ces sauvages (le terme indien n’est pas utilisé à l’époque) qu’il a appris à aimer. De plus, ces derniers n’admettent pas la défaite alors qu’ils n’ont pas encore combattu. Les différentes tribus se soulèvent contre l’occupation des « habits rouges » et demandent à leurs frères blancs encore présent de les rejoindre dans leur lutte. L’heure du choix a sonné.

Le nouveau récit de Jacques Terpant invite le lecteur à découvrir une page de l’Histoire de France plutôt ignorée des manuels. Témoignage d’un échec politique et stratégique cuisant, il met surtout en exergue la conception totalement différente de la colonisation. Les Français ont cherché à s’intégrer et à vivre avec les autochtones. Les Anglais prônent une politique clairement ségrégationniste. Les quelques pages en fin d’album qui reviennent sur ce contexte historique sont particulièrement intéressantes. Toutefois, cet ouvrage n’est pas un documentaire et livre bien une histoire d’aventure. Il est pour le moment assez lent, s’attachant, on l’aura compris, à dresser le tableau de la situation en insistant sur les êtres, afin de bien saisir les motivations des uns et des autres, et comprendre les implications de ce qui est en train de se jouer.

L’humanité du propos trouve une résonance dans le dessin de Jacques Terpant, grâce à la vie qu’il insuffle dans les paysages rehaussés par le soin de la mise en couleurs. Il permet au lecteur d’imaginer quelque peu la magie vécue par les immigrants lors de la découverte de ces terres presque vierges de présence humaine. Les visages expressifs participent pleinement à la narration, racontant la joie des joutes sportives, le respect et l’amitié entre deux peuples qui se sont attachés l’un à l’autre, ou encore l’inquiétude et la colère devant la perte de la souveraineté des territoires chéris.

Le premier tome de ce diptyque sur la fin d’un monde et d’une époque est très plaisant et fait naître l’intérêt.

Par O. Vrignon

 

 

 

 

 

 

 

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 17:58

 

La nuit de l'infamie

Une confession

De

Michael Cox

 

Traduit par Claude Demanuelli (Points) 2008

 

Sans être un expert en histoire j’ai, comme certains d’entre vous, un intérêt tout particulier pour ces périodes qui ont marqué, par l’intermédiaire du cinéma et de la littérature, mon imaginaire d’adolescent. A l’instar de la conquête de l’Ouest américain et de ses héros bien souvent sublimés, l’époque victorienne s’avère à mes yeux un paysage idéal pour le romancier.

C’est l’époque des fiacres  que l'on interpelle d'un lever de canne, des allumeurs de réverbères et des corsets, mais aussi d'Oscar Wilde et de Charles Darwin, des romantiques et des impressionnistes, sans oublier l'émergence fulgurante de l'industrie moderne. Les avancées techniques côtoient des croyances désuètes, le raffinement des plus hautes classes sociales se frotte dans la rue à une misère extrême et commune du petit peuple, encore menacé par le choléra, la City élitiste fait le contrepoint avec les docks grouillants et populaires.

C’est aussi une époque propice au déploiement d'intrigues complexes qui brassent les problèmes sociaux et les grands desseins personnels, la science révolutionnaire et les obscurs préjugés.

Comme vous, j’ai été séduit par le génie d’un certain Sherlock Holmes, frissonné au contact de l’âme noire d’un Jack l’éventreur, d’un Dracula ou d’un Dorian Gray, mais j’ai aussi exploré l’intime tourment d’un double docteur Jekyll et M. Hyde sans oublier d’être émerveillé par la fabuleuse machine à explorer le temps de H. G. Wells. Aors, comme moi, plongez-vous dans l'énigmatique confession d'Edward Glyver.

 

 

« Après avoir tué l’homme aux cheveux roux, je suis allé chez Quinn m’offrir un souper d’huîtres... »

Ainsi débute l’extraordinaire confession d’Edward Glyver, fin lettré, bibliophile averti, grand fumeur d’opium et assassin à ses heures. Par une nuit brumeuse d’octobre 1854, près du Strand, à Londres, il vient de tuer froidement un inconnu. Cet acte est la répétition générale du meurtre projeté de celui qu’il appelle son « ennemi ». Edward Glyver se sent promis depuis toujours à un grand destin. Or une découverte fortuite le persuade qu’il a raison. Un grand destin l’attend, assorti d’une influence et d’une richesse immenses. Et la vie qu’il a menée jusqu’ici n’est qu’un mensonge, à commencer par le nom qu’il porte.

Désormais il ne doit reculer devant rien pour recouvrer son identité véritable et l’héritage dont il a été spolié à sa naissance. Désormais le meurtre et la duplicité, l’amour, la trahison et la vengeance vont jalonner la route qui le conduit - qui nous conduit - de Londres, la plus grande ville de l’époque, avec sa splendeur et sa misère, jusqu’à Evenwood, la plus sublime, la plus enchanteresse des demeures d’Angleterre. Mais, à chaque pas, un autre le précède et l’entraîne irrésistiblement : Phoebus Daunt, son ennemi mortel.

La Nuit de l’infamie reflète une formidable fascination pour l’ère victorienne et ses grands maîtres. Ce livre se rattache aux conventions du roman victorien à suspense, avec son intrigue à rebondissements et à sensations fortes. Il rend hommage au pouvoir de la narration et tient le lecteur en haleine de l’étonnante première ligne à la dernière révélation.

 

 

A la lecture de « La nuit de l'infamie » de Michael Cox, je me suis laissé emporter par le charme désuet de l’époque victorienne et de sa trame romanesque fait de destins grandioses et de sentiments exacerbés.

Promené de Londres à la splendide demeure d’Evenwood, en passant par Sandchurch et Cambridge. On voyage au début du XIXe siècle entre la campagne anglaise et la grande ville ; entre la haute société, ses petits arrangements et les bas-fonds nauséabonds ; entre des amitiés sincères et de terribles duplicités.

A l’image d’Alexandre Dumas, Michael Cox a le don de la mise en scène, il nous entraine au côté de son héros maudit de rebondissement en rebondissement sans jamais nous lasser.  

Roman à suspense, descriptif sans être pesant, tragique et flamboyant « La nuit de l’infamie » est à n’en pas douter une réussite.

 

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