26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 16:29

 

Une question ... Quand même !

 

C’est en regardant un documentaire sur Arte, intitulé « De l’Orient à l’Occident. L’Age d’or islamique », que j’ai pris connaissance de l’importance de la culture islamique dans la propagation du savoir en Occident. A cette occasion, je me suis demandé pourquoi l’Islam d’aujourd’hui ne trouvait-il pas la moindre grâce aux yeux de nos politiques, de nos journalistes et de nos commentateurs les plus en vogue. Après avoir été durant des siècles une source de savoirs et d’ouverture au monde, l’Islam serait-il devenu soudain obscurantisme ? A moins que la diabolisation volontaire de l’Islam serve d’autres desseins bien moins avouables.

A force d’être matraquées dans les médias, certaines absurdités finissent par être prises pour vérités incontestables. Lorsqu’il s’agit de jouer de la naïveté de notre jeunesse pour faire passer, dans un but mercantile, les pires dérives sociétales, c’est déjà difficilement supportable, mais alors, lorsque cela devient une arme utilisée pour opprimer et exclure une partie de nos congénères, cela devient tout simplement intolérable.

 

Une question ... Quand même ! (Teddijo)

Une question ... Quand même ! (Teddijo)

 

De nos jours par exemple, il est impossible d’émettre la moindre critique envers Israël sans être, aux mieux, taxé d’antisémite, au pire, être trainé devant les tribunaux ou se voir ostracisé. Il faut dire que lorsque l’on voit nos élites, de droite et de gauche, se prosterner devant les représentants du CRIF ou notre premier ministre, qui après avoir soutenu le combat juste du peuple palestinien, retourne sa veste pour affirmer son attachement éternel à Israël, on ne peut s’étonner de rien.

Heureusement, il existe encore des personnes honnêtes pour rétablir certaines vérités. Il ne s’agit pas de « cerveaux malades » comme on veut nous le faire croire, mais bien des femmes et des hommes éclairés, attachés à la justesse historique.

Que faut-il penser de Rudi Barnet, lorsque dans un article aux sources référencées, il pose la question : Netanyahu est-il antisémite ? Doit-on y voir une énième salve raciste d’un malade mental ou la simple interrogation d’une personne avisée ? 

 

Rudi Barnet
(14/5/2013)

 

De l’antijudaïsme à l’antisémitisme

C’est vers la fin du XIXème siècle que le mot « antisémitisme », désignant la haine des Juifs, fait son apparition en Allemagne sous la plume d’un certain Wilhem Marr, un polémiste qui ne s’attendait sans doute pas à ce que sa « création » devienne aussi célèbre. Jusque-là, c’est le terme « antijudaïsme » qui était utilisé pour désigner ceux qui attaquaient la religion et la culture juive. Avec ce nouveau qualificatif, Marr décida donc, en bon raciste qu’il était, de ne faire aucune distinction entre religion, culture et origine ethnique.

Il décrétait ainsi que les citoyens juifs, quelles que soient leurs nationalités, constituaient un peuple, une race « sémite ». Ce qui est « marrant » (calembour assez débile, je le concède) c’est que ce terme qui voulait stigmatiser, insulter, la population juive s’est complètement retourné contre son auteur et désigne aujourd’hui une catégorie de racistes.

Peuple juif ?

A cette époque beaucoup croyaient encore dur comme fer aux légendes bibliques, à l’arche de Noé sauvant tous les animaux et plantes du monde, à la Mer Rouge s’ouvrant pour laisser passer les Hébreux, à la « Diaspora » obligeant les Juifs à une errance de plusieurs siècles à travers l’Europe et l’Afrique... etc. La confusion entre les faits historiques et les récits mythiques était souvent totale. Elle est loin d’avoir disparu.

Durant le XXème siècle, les scientifiques ont fait des découvertes assez gênantes, tant pour les amis de ce Marr que pour les inconditionnels d’une race « élue ». Les historiens modernes notamment, la plupart de nationalité israélienne, ont révélé que si on peut parler du « peuple juif » comme on parle du « peuple chrétien » ou du « peuple musulman », il n’y a pas, ethniquement parlant, de peuple juif. [1]

Leurs recherches ont abouti au constat qu’il n’existe pas de lien biologique ou généalogique entre un quelconque citoyen de religion ou de culture juive, vivant ou non en Israël, avec cette terre du Moyen Orient. Seuls quelques 10.000 Israéliens autochtones, adeptes du judaïsme, descendants de ceux qui vivaient là bien avant l’ère chrétienne, il s’agit très probablement de Palestiniens qui ne se sont pas convertis à la religion musulmane dans les années 700 ou, plus tard, au christianisme, peuvent revendiquer une appartenance ancestrale à cette terre. [2]

Ainsi, un dogme fondateur de l’idéologie sioniste, « C’est notre pays de toute éternité et nous y retournons », se révèle inventé, fabriqué. Cette information ne fait évidemment pas l’affaire des partisans de Netanyahu qui tentent de faire taire ceux qui osent la diffuser : « Mensonges ! Antisémites ! Juifs, honteux d’eux-mêmes ! » Mais l’anathème ne peut pas grand-chose face à l’Histoire et tant pis pour ceux qui recherchent vainement leurs ancêtres au Moyen-Orient. Inutile de gaspiller votre temps, Messieurs et Mesdames les Sionistes !

Comme ceux de vos dirigeants, vous les trouverez en Lituanie (Netanyahu et Barak), en Pologne (Ben Gourion et Livni), en Russie (Olmert), aux Etats-Unis (Bennett), en Ukraine (Meir), en Biélorussie (Peres, Begin et Shamir), en Moldavie (Liebermann)...etc. Toutefois votre recherche risque d’être assez longue et compliquée, vu que plus de soixante générations, au minimum, vous séparent de votre premier aïeul converti à la religion hébraïque. Les branches de l’arbre généalogique de l’absurdité vous attendent !

 

Le dîner du Crif (Krapo)

Le dîner du Crif (Krapo)

Et la Diaspora ?

Le régime israélien a, évidemment, fait des pieds et des mains pour que ces découvertes historiques soient occultées, appliquant la bonne vieille recette de « Si le message te déplaît, cloue le bec au messager ! ». Une révélation a notamment fait hurler : celle qui dévoile qu’il n’y a jamais eu de « Diaspora » après la « Grande Révolte » du 1er siècle. Elle repose sur au moins deux bases historiques reconnues.

D’une part, Rome n’expulsait pas les populations des pays conquis mais privilégiait toujours l’exploitation sur place de ses habitants... Plus rentable ! D’autre part, aucun historien de l’époque romaine, le principal, Flavius Josèphe était de religion juive, n’a jamais fait mention d’une quelconque « Diaspora du peuple juif ». [3]

Hé oui ! Une légende de plus... s’ajoutant à tant d’autres récits du « Nouveau Testament » accueillis comme vérités historiques par les fidèles croyants. Le peuple de l’époque biblique n’a jamais été chassé par les Romains et Israël est donc bien un pays de colons, européens pour l’essentiel, dont les premiers sont arrivés au début du 20ème siècle.

Assurément, et une fois de plus, ce constat ne fait pas l’affaire des inconditionnels du « peuple élu retournant dans son foyer ancestral ». Ils ne manqueront pas, comme d’habitude, de pousser des cris d’orfraie, mais la réalité est là, têtue : les citoyens juifs, d’Israël ou d’ailleurs, descendent presque tous de populations (Allemands, Russes, Français, Ethiopiens, Marocains, Grecs, Polonais...) converties par des « missionnaires » venus de la lointaine Palestine bien avant les débuts de l’ère chrétienne. [4]

... Jusqu’en Chine

Ce sont ces communautés juives « indigènes » implantées de l’Espagne à l’Oural, du Maroc à l’Ethiopie et même de la Turquie au Japon [5] en passant par l’Inde et la Chine [6] , qui seront réprimées durant des siècles, par les pouvoirs politiques et religieux, principalement en Occident et en particulier par l’Eglise catholique. Elles seront méprisées, confinées dans des ghettos, [7] serviront d’exutoire aux problèmes sociaux ou politiques, subiront les pogroms... Jusqu’à l’abominable génocide perpétré par les nazis et leurs complices.

Ces concitoyens juifs, qu’ils soient d’Europe, d’Asie ou d’Afrique sont nos frères humains, comme ceux de toutes les religions, mais vouloir en faire un peuple particulier, surtout un « peuple élu », est une aberration raciste. Comme le confirme d’ailleurs Israël Bartal (Doyen de la Faculté de Lettres de l’Université Hébraïque de Jérusalem) « Aucun historien du mouvement national juif n’a jamais réellement cru que les origines des juifs étaient ethniquement et biologiquement pures ». [8]

Malgré l’évidence, Netanyahu continue de marteler ce mensonge de « l’ethnie juive » et, avec l’aide de ses propagandistes, à tenter de manipuler les membres des communautés juives à travers le monde. Combien de concitoyens de religion et/ou de culture judaïque, pourtant progressistes opposés à la politique criminelle du régime israélien, solidaires de la cause palestinienne et militants des droits humains, conservent encore certains réflexes communautaristes.

Bien que les preuves historiques de l’absence de racines biologiques ou ethniques au Moyen-Orient sont établies, malgré le constat que seule la religion hébraïque et la culture yiddish ou séfarade sont le ciment de leur communauté, ils gardent parfois une sorte de relation d’ordre pathologique avec l’Etat Israël et continuent de parler de ce pays comme d’une sorte de « patrie » et de leur « peuple ». Ils parviennent difficilement à voir ce régime dans sa simple réalité : un Etat criminel et le Sionisme qui y est proclamé, une idéologie fasciste. [9]

Il est probable que, tant que les progressistes, tous les progressistes, ne dénonceront pas clairement et journellement les crimes de ce régime, Israël continuera d’étendre ses conquêtes et développer son oppression.

Peuple sémite ?

Que dit le dictionnaire ?

... Que le terme sémite désigne une personne originaire d’Asie occidentale et qui parle une langue apparentée, telle l’arabe, l’araméen (la langue parlée à l’époque du Christ) ou l’hébreu.

Concernant la Palestine, est donc Sémite celui ou celle qui est, à la fois, originaire de cette région et parle une langue sémitique. C’est le cas de toute la population palestinienne et des quelques 10.000 autochtones de religion juive qui vivent dans cette région... Mais ce n’est pas le cas des nuées d’émigrés occidentaux qui l’ont colonisée. Il est donc assez absurde de traiter d’antisémite un opposant palestinien à la politique israélienne et tout aussi ridicule de lancer cette injure à la tête de ceux qui soutiennent leur combat pour le droit et la justice.

N’en reste pas moins que toute injure faite à un concitoyen pour son appartenance à la culture et/ou à la religion hébraïque est ignoble, inacceptable pour tout humain respectueux des autres, et que ses auteurs doivent être condamnés pour racisme... Et pour crétinisme.

 

La vérité révélée (Sani)

La vérité révélée (Sani)

Mais alors... le sang juif ?

Hé oui ! Encore un canard !

Les biologistes sont d’accord : pas plus de « sang juif » que de sang catholique, bouddhiste ou communiste. Ridicule donc de vouloir déterminer la « judéité » biologique d’un individu puisqu’il n’existe tout simplement pas de séquences ADN qui soient présentes chez les Juifs et absentes chez les non-Juifs.

... Et toutes les coûteuses recherches financées par les divers régimes israéliens depuis les années 50 pour tenter de faire accréditer cette stupidité d’un « ADN Juif » ont lamentablement échoué. Pas plus de « Juif errant » que de Guillaume Tell, de Roi Arthur, de Tijl Uilenspiegel ou de Pinocchio (quoique qu’avec ses mensonges permanents, Netanyahu devrait peut-être surveiller son nez...).

Cette évidence qu’aucune communauté humaine n’est « consubstantielle » à une religion ou une culture,  tous les musulmans ne sont pas arabes, tous les catholiques..., ne semble pas avoir pénétré le cerveau des chantres du régime israélien actuel qui ne peuvent vivre que dans le mythe de « l’être supérieur » et du « peuple élu ».

Mais alors... Bibi ment ?

Monsieur Netanyahu n’ignore rien de tout cela, mais n’étant pas à un mensonge près, il continue de proclamer « nous avons rétabli notre Etat souverain dans notre patrie ancestrale, la terre d’Israël ». [10]

Se rend-il compte qu’en claironnant ce bobard, il fait le jeu de tous les racistes du monde qui, comme Hitler, veulent confiner les Juifs dans un système racial pour mieux les opprimer. A-t-il oublié les paroles de ce monstre qui tenta d’exterminer les Juifs d’Europe ? Nous parlons de race juive par commodité de langage, car il n’y a pas, à proprement parler, et du point de vue de la génétique, de race juive (...) Une race mentale, c’est quelque chose de plus solide, de plus durable qu’une race tout court. [11]

Malheureusement, ils sont toujours très nombreux à croire aux fadaises de gens comme Netanyahu et à les diffuser comme une litanie tournant en boucle. En bons moutons de Panurge, ils avalent des discours s’appuyant sur des écrits religieux exhibés comme irréfutables, alors qu’ils sont totalement disqualifiés par les travaux des historiens, et se rendent ainsi complices des exactions d’un régime fascisant.

... Et il est antisémite ?

Comme chaque année, tout s’est arrêté en Israël pendant deux minutes pour commémorer le génocide nazi. Moment d’émotion que partagèrent les survivants des camps nazis.... avec sans doute au cœur un sentiment d’amertume, surtout chez les 50.000 anciens que Netanyahu laisse croupir dans la misère ! [12]

Il y a des années que Bibi se moque de leur sort !

Il fait des discours enflammés sur le souvenir du génocide nazi, verse une larme sur les victimes, orchestre les visites organisées à Auschwitz, n’oublie pas de récolter les fonds en compensation de l’horrible drame... Et maintient consciemment ces milliers de rescapés sous le seuil de pauvreté. Il applique ainsi méticuleusement les préceptes de son mentor, feu le Grand Rabbin Ovadia, qui déclarait en 2009 que la situation de ces rescapés était voulue par Dieu pour la punition de leurs péchés. Bibi attend-t-il que ce « problème » se règle de lui-même d’ici quatre ou cinq ans ?... Mille survivants du génocide nazi meurent chaque mois. [12]

On peut imaginer le tollé que de tels agissements provoqueraient s’ils se passaient dans tout autre pays. Aucun doute que les dénonciations feraient la une des journaux, qu’il y aurait des pétitions pour condamner les coupables, que l’ONU même tenterait d’intervenir... Mais quand cela se passe en Israël, les gouvernements occidentaux et la « grande presse » détournent le regard. [13]

Il n’en reste pas moins que le comportement cynique de Netanyahu envers les rescapés de la furie nazie est donc bien, objectivement, celui d’un antisémite, dans le sens que lui donnent les Sionistes. Antisémite, il l’est évidemment aussi dans son comportement envers le peuple palestinien, que celui-ci vive en Israël ou en Palestine occupée.

La liste des crimes est longue : persistance du nettoyage ethnique entamé il y a plus de soixante ans, [14] tentative permanente d’étouffement des habitants de Gaza, imposition de règles d’apartheid, [15] oppression constante exercée par son armée sur les Palestiniens, tous Sémites, contrairement à Monsieur Netanyahu, incessantes arrestations de jeunes enfants, expulsions des Bédouins, destruction des maisons, des récoltes, etc.

Ces actes et discours prouvent à suffisance son racisme inné parfaitement en harmonie d’ailleurs avec celui de ses prédécesseurs, tel Yitzhak Shamir, ignoble assassin devenu premier ministre, qui disait « Les Palestiniens seront écrasés comme des sauterelles... Leurs têtes éclatées contre les rochers et les murs » [16] ou Menahem Begin, autre criminel également devenu premier ministre, qui déclarait à la tribune de la Knesset « Les Palestiniens sont des bêtes marchant sur deux pattes. » [17]

Il n’y a pas de doute, Monsieur Netanyahu est bien le représentant d’un régime fascisant et son attitude est bien, tant envers sa propre communauté qu’envers le peuple palestinien, celle d’un antisémite !

 

Notes :

[1] Lire « Comment le peuple juif fut inventé » (Fayard 2008) et « Comment la terre d’Israël fut inventée » (Flammarion 2012) de Shlomo Sand.
[2] Ces Juifs orthodoxes se sont opposés à l’arrivée de premiers colons au début du XXème siècle.
[3] « La Guerre des Juifs » de Flavius Josèphe (traduction André Pelletier, Les Belles Lettres, 1982).
[4] Lire « L’origine des juifs d’Afrique du Nord » par Yigal Bin-Nun (Tribune Juive, 2013).
[5] Lionel Obadia (Professeur d’anthropologie à l’Université de Lyon 2) « Bouddhisme et Judaïsme » (article dans la revue « Socio-anthropologie ».
[6] Marco Polo atteste d’une présence juive en Chine avant le VIIème siècle. 
[7] Le premier fut celui de Venise... dans le quartier du Ghetto.
[8] « Haaretz » du 6/7/2008.
[9] Lettre au « New York Times » 4/12/1948) des intellectuels juifs Etatsuniens, dont Hanna Arendt et Albert Einstein.
[10] Discours du 1/10/2013 à l’Assemblée Générale de l’ONU.
[11] Testament politique d’Hitler, Adolf Hitler, notes de Martin Bormann, préface de Trevor-Roper, (Fayard, 1959, 13 février 1945, p. 83).
[12] « 50,000 Holocaust survivors in Israel live in poverty » dans Haaretz du 24/4/2014.
[13] Idem pour les tortures d’enfants de moins de 12 ans pourtant dénoncées par diverses organisations de Droits de l’Homme « Children in Military Custody » (2012). 
[14] « Le Nettoyage Ethnique de la Palestine » de Ilan Pappe (Fayard, 2006).
[15] « Israël le nouvel apartheid » de Michel Bôle-Richard (Editions LLL. 2013).
[16] New York Times du 1/4/1988.
[17] « Begin and the Beasts » de Ammon Kapeliouk (New Statesman 25/6/1982).

Published by Willow - dans Divers
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